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UFR V – Université Paul Valery

DÉPARTEMENT DE PSYCHOLOGIE

Sous la direction de Alain CASSANAS

Pierre HUET

UNITÉ DE RECHERCHE

PARENTS-ENFANTS-MEDIATION

L’équipe du Centre PEM

Sous la direction de Alain BOUTHIER

 

VERS UN ENFANT

de

Pierre HUET

Psychologue

2005

 

1/ Introduction

2/ Présentation du terrain de stage

2.1/ Le cadre

2.1.1/ Le cadre physique

2.1.2/ Le cadre temporel

3/ Les cas traités

3.1/ en amont du judiciaire

3.1.1/ Divorce décidé

3.1.2/ Le mot divorce tout juste prononcé lors des disputes

3.2/ durant une procédure judiciaire

3.3/ suite à une procédure judiciaire

4/ Les étapes

4.1/ Première phase : le rendez-vous

4.2/ Deuxième phase : la première entrevue

4.3/ Le(s) entretien(s) suivant(s)

5/ Les notions abordées

5.1/ Le divorce : un passage critique

5.2/ Les réponses des enfants à la rupture

5.3/ La coresponsabilité parentale

5.4/ Le développement affectif de l'enfant

6/ mon rôle au côté du médiateur

6.1/ Co-écoutant

6.2/ Ecoutes d'enfants

Bibliographie

Annexes

Annexe 1 : les différentes formes de divorce

Annexe 2 : Compte rendu de l'entretien avec Antoine

Annexe 3 : Dessin d'Antoine

 

1/ Introduction

Durant neuf mois au sein de  Parents-Enfants-Médiation, j'avais pour mission d'aborder, d'un point de vue tant théorique que pratique, divers cas de séparations conjugales, avec une intrication du judiciaire à différents degrés. Pour ce faire, j'ai été impliqué dans les entretiens avec les usagers en qualité de co-écoutant avec une participation dynamique aux entretiens conduits par le médiateur familial.

2/ Présentation

Dans la mouvance de SOS Enfants du Divorce, l'année 1988 a vu se dessiner la nécessité de spécifier la principale activité de l'association et de la promouvoir sous ; le titre de Parents-Enfants-Médiation. La proposition de médiation familiale implique directement les parents, les familles, leur permet de rechercher et d'élaborer par eux-mêmes des solutions responsables et de coresponsabilité parentale au bénéfice des enfants. Ainsi l'Association P.E.M. naquit-elle le jour de mes 8 ans, le 21 janvier 1989.

Le Centre PEM a établi de nombreuses passerelles avec des professionnels et des spécialistes appelés à intervenir auprès de la médiation familiale. La médiation familiale se doit d'entretenir des contacts nombreux et permanents avec différents champs d'expériences et de compétences tels que : Ceux du droit, des sciences sociales, de la médecine, de la psychanalyse et de la psychologie. J'ai d'ailleurs participé à l'établissement de certains ponts avec des psychologues experts auprès des tribunaux : Le Professeur Jean-Yves HAYEZ, Expert, et le Professeur Paul Messerschmitt, spécialiste de la dyslexie.

2.1/ Le cadre

2.1.1/ Le cadre physique

L'Association P.E.M. se situe au cœur du centre ville de Montpellier; 1, rue Embouque d'or, Hôtel Baschy de Cayla.

Cet hôtel appartient à la ville et abrite diverses associations telles que : Les Eclaireurs et Eclaireuses de France, Le Relais des Enfants, Le CNL (confédération du logement), Consom'Action, etc.

Le local de P.E.M. est composé de trois pièces principales

•  un bureau secrétariat, équipé de deux ordinateurs.

•  une grande salle pour les réunions et les entretiens.

•  une pièce plus réduite pour les entretiens individuels, elle sert de salle de jeux pour les enfants.

2.1.2/ Le cadre temporel

Le Centre PEM est ouvert tous les jours ouvrables mais l'accueil se fait uniquement sur rendez-vous. Le rendez-vous est fixé généralement d'une semaine sur l'autre.

3/ Les cas traités

J'aurais tendance à dire que les objets de PEM sont aussi nombreux que ses adhérents ! Toutefois nous pouvons essayer de les regrouper sous des cas de figures généraux.

3.1/ En amont du judiciaire

Nous retrouvons ici les cas de médiation spontanée. L'un des deux parents nous contacte suite aux difficultés rencontrées dans la vie du couple conjugal. Nous pouvons à nouveau les scinder en deux groupes :

3.1.1/ Divorce décidé

Le couple conjugal fait appel au service de la médiation afin de parvenir à un accord préalable à toute décision de justice afin d'éviter toute judiciarisation à outrance qui pourrait mettre en souffrance tant le couple que les enfants. L'accord concerne, en priorité, l'organisation des droits d'hébergement des enfants par chacun des parents ; la Résidence Alternée étant considérée par l'équipe du Centre PEM et par l'ensemble des médiateurs comme la solution permettant l'épanouissement de l'enfant le moins entravé par le divorce.

3.1.2/ Le mot divorce tout juste prononcé lors des disputes

Le couple conjugal rencontre des difficultés et se pose des questions quant à leurs résolutions par le divorce. La démarche en médiation sera aussi de parvenir à comprendre ses « soucis ».

3.2/ durant une procédure judiciaire

Un des parents (souvent le père) peut se retrouver dans une situation où il ne sait plus que faire pour obtenir un droit d'hébergement de ses enfants. L'équipe du Centre PEM l'aidera alors dans ses démarches, le prépara à ses audiences et tentera d'apaiser le dialogue avec l'autre parent, en tentant d'aller à l'encontre du pouvoir des avocats.

3.3/ suite à une procédure judiciaire

Dans ces cas, le parent dont les enfants seront coupés par décision de justice, vient consulter, afin de connaître les démarches à suivre ou engager pour que ses enfants puissent le voir plus fréquemment.

Il se peut aussi, que le demandeur soit le parent chez qui la résidence de(s) (l')enfant(s) a été fixée. C'est le cas de Mme C., qui a consulté après que la justice ait fixé, dans un premier temps, des visites médiatisés entre le père et le fils au sein de PEM.

Les entretiens dans ce cas de figure, ont souvent pour objectif d'aider le parent demandeur dans ses démarches auprès du Tribunal, de se préparer aux audiences diverses et à la confrontation avec des champs professionnels qu'il n'a pas souhaitée de lui-même ni sollicitée (enquêtes, expertises, etc.), de s'organiser face à des procédures qui lui paraissent insurmontables parfois même des poursuites pénales superfétatoires dont il ne veut pas sortir meurtri à vie.

4/ Les étapes

4.1/ Première phase : le rendez-vous

Il y a diverses manières d'être informé de l'existence du Centre PEM, annuaires administratifs et professionnels, réseaux associatifs, Internet. En 1999, au terme d'une enquête de satisfaction visant à connaître la qualité des services rendus auprès de ses usagers, il est ressorti que plus d'un usager sur deux a connu l'Association P.EM. par le principe "du bouche-à-oreille".

Néanmoins le premier contact se crée toujours par le biais d'une communication téléphonique, d'où l'intérêt d'un secrétariat d'accueil formé à l'écoute de crise. Aucun entretien ou menu conseil ne peuvent être obtenus par téléphone, en fonction de la demande et si celle-ci peut cadrer avec les principes et les objets de l'association alors, un rendez-vous peut être donné à la personne demanderesse pour la semaine suivante.

Le Centre PEM peut recevoir toutes sortes de demandes provenant aussi des familles, des associations, des professionnels, des étudiants que des institutions.

4.2/ Deuxième phase : la première entrevue

Le premier entretien dure en moyenne entre 1h30 et 2h, c'est une séance de prise de contact, d'évaluation de la problématique et de l'orientation.

Le médiateur accorde une grande place à l'information concernant :

•  Le cadre de la vie associative et ses enjeux.

•  La pratique de médiation propre à sa structure.

4.3/ Le(s) entretien(s) suivant(s)

Le déroulement d'une médiation ne saurait être stéréotypé ; nul ne saurait établir une liste des démarches à faire pour parvenir à une « bonne » médiation. Chaque cas est particulier et nécessite un travail d'études qui ne cessera qu'avec la fin de la démarche en médiation. Les entretiens de ce fait ne suivent pas un schéma stable, l'équipe ayant à orienter l'usager dans les démarches pouvant le mieux répondre à ses attentes ou à ses problèmes.

De ce fait, l'orientation des entretiens est diverse. Ils pourront tendre vers l'organisation du traitement juridique de l'affaire, ou vers des entretiens d'orientation clinique.

L'investissement de l'usager connaît une grande variabilité tant interindividuelle qu'intraindividuelle.

Le premier rendez-vous est fréquemment individuel et est une demande d'information sur la médiation. Le(a) nouvel(le) arrivant(e) nous expose dès lors les raisons de sa démarche. Les entretiens auront pour objectif d'aider le parent dans sa(es) procédure(s) (imposée(s) par l'autre parent ou décidée(s) par lui), ainsi que de tenter l'émergence d'un lien nouveau responsabilisant et responsabilisé entre père et mère.

5/ Les notions abordées

5.1/ Le divorce : un passage critique

Les chiffres concernant les divorces en France ne cessent d'augmenter, ce qui n'échappe pas aux médias, faisant ainsi de cette   option conjugale ' la solution idéale pour la résolution des mésententes, chacun des protagonistes pensant sans aucun doute que cette dissolution maritale apaisera les soucis psychiques que chacun rencontre dans le vie commune. Mais c'est sans compter sur la vicissitude du système judiciaire de la Famille qui ne tend pas à l'apaisement mais plutôt à l'aggravation des conflits. Mais attardons-nous désormais sur les effets potentiels du divorce :

•  L'accentuation de toutes les fragilités psychiques : (paranoïa, hystérie, masochisme, sadisme etc...).

•  La régression symbolique du sujet dans l'infantile : il n'est plus dans la parole, il n'est plus en état de penser calmement ni de dire vraiment ce qu'il a à dire, il n'a pas d'élaboration. C'est ainsi qu'on voit certain se défendre très mal en justice et devenir ainsi dépendant de l'avocat ou du juge, les autres vont décider pour eux. Régression chronologique qui s'accompagne d'une perte des repères identificatoires : les imagos parentaux sont mis à mal par la rupture du couple.

•  La répétition à l'identique des discours et des comportements.

•  Le "ça tourne en rond" difficulté d'élaboration, de penser, de dialoguer et d'agir avec raison dans le temps et dans l'espace.

•  La perte d'une image positive de soi, liée à l'introjection en soi de l'ensemble des reproches qui ne manquent pas d'advenir lors des conflits ouverts au sein du couple. Le Self de chaque moitié s'est, au fil des années, élargi d'une définition individuelle à une autre impliquant les rôles d'époux et de parents. La rupture de la vie de couple vient ébranler cette structure profonde de la personnalité en s'attaquant à ses deux fonctions, d'où la perte de cette image d'un soi conjugal et parental aboutissant à une dépersonnalisation, à l'émergence d'un sentiment d'inutilité envers ceux qui le définissait en tant que père (mère) et époux(se).

•  Le besoin fréquent, impérieux, essentiel, de faire reconnaître à tout prix "la vérité"; l'autre est coupable il faut qu'il soit puni.

•  L'absence de triangulation entre les partenaires: pas de loi qui fasse tiers entre eux deux, c'est le choc de la toute puissance/impuissance de l'autre; le phénomène "du deuil impossible", en l'absence de rite social pour accompagner le passage de l'état de marié à celui de divorcé. Au fil de ma participation aux entretiens, j'ai pu observer que souvent le deuil du couple conjugal n'est pas fait, et ce même après de nombreuses années. Or, l'hypothèse qu'héberge les murs de PEM est qu'il faut que la rupture du couple conjugal soit acceptée pour que le couple parental puisse germer. Par couple parental nous entendons l'établissement d'une communication non plus d'époux à épouse séparés, mais de père à mère dans l'intérêt supérieur de l'enfant.

C'est donc une période de crise qui ébranle, parfois dangereusement:

•  La continuité du moi et de sa part la plus profonde : Le Self.

•  L'organisation des identifications, des idéaux ( ce qui d'un point de vue topique représente un ébranlement du Moi pour ce qui est des identifications, et du Sur-Moi pour les idéaux).

•  L'usage des mécanismes de défenses.

•  La cohérence de son propre mode de penser et d'agir.

•  Le sentiment d'appartenance fiable à un groupe ou des groupes.

5.2/ Les réponses des enfants à la rupture

Dire que le divorce des parents produit des dommages collatéraux sur les enfants, c'est dire une lapalissade ! Ils sont, en effet, pris en ‘otages' par cette rupture conjugale, et ce, avant même qu'ils ne deviennent causes et enjeux de conflit(s) judiciaire(s) pour leurs parents Il est moins souvent admis que l'enfant "réagit" à la séparation de ses parents. Comme tous les êtres humains il réagit avec plus ou moins d'autonomie, mais en fonction de ce qu'il est et de ce qu'il a compris de la situation. L'enfant se trouve donc dans l'obligation d'effectuer un travail psychique pour:

•  Faire face à l'ébranlement des imagos parentaux, des repères identificatoires liées à la dévalorisation de chacun ses parents dans le discours de l'autre.

•  S'adapter à la nouvelle situation de décohabitation de ses parents.

•  Conserver des liens avec ses deux parents.

Un refus radical de voir le parent dont il est coupé, est quasi inexistant, l'enfant exprimant, en effet, d'une manière qui lui est propre, qu'il veut maintenir des liens avec le parent dont il est séparé. Toutefois, dans de nombreux cas, le parent hébergeant se contente fort bien du refus de façade de l'enfant, qui lui convient fort bien. Comment comprendre alors qu'un enfant qui souhaite pouvoir voir ces deux parents exprime un refus devant l'autre ?

L'hypothèse que nous soutenons est que l'enfant adopte le discours du parent avec lequel il vit selon deux stratégies:

•  la stratégie de soumission: l'enfant reste loyal au parent avec lequel il vit, peut-être par angoisse d'être abandonné s'il allait à l'encontre de ses souhaits et ne garde contact avec l'autre que dans la mesure où cela convient au premier. Il accepte son discours et reprend à son compte la vision négative qui lui donnée de son autre parent.

•  la stratégie de culpabilité: dans un premier temps l'enfant est soumis au désir du parent avec qui il vit, puis lorsqu'il en prendra conscience il aura la crainte de revenir en arrière et d'être confronté au parent qu'il a rejeté de manière induite. Il va donc prendre à son compte les raisons de son refus et s'y enfermera un peu plus encore ; faisant ainsi de celui-ci un choix voulu personnel.

Aucune obligation de visite ne suffit à résoudre ce conflit psychique interne de l'enfant, tant ce refus de voir l'autre parent est perçu comme la ‘meilleure stratégie' : «  ne pas décevoir le parent hébergeant dans son souhait de coupure avec l'autre afin qu'il ne souhaite pas m'abandonner comme l'a fait celui dont je suis coupé   ». Faire évoluer ces refus, cela repose sur les épaules de chaque parent. Le parent hébergeant doit édulcorer son discours concernant l'autre parent, ne pas en donner une mauvaise image. Cette part du travail est sans aucun doute la plus rude, tant la situation peut arranger le dit parent. Reste donc à l'autre, au cours des quelques visites respectées, d'éclairer l'enfant sur le contexte du divorce, lui dire qu'il n'en est en rien la cause, que la séparation était nécessaire pour des raisons propres au couple, et surtout de l'informer de sa volonté de ne jamais l'abandonner. Il aura aussi, par ses comportements, ses dires, à montrer à l'enfant que ses refus n'engendreront jamais de ressentiment chez lui, qu'il sera toujours bienveillant à son égard.

5.3/ La coresponsabilité parentale

Elle est un des sujets essentiels du Centre PEM. En effet, une des questions fréquentes lors des entretiens est celle des droits de chaque parent quant à l'enfant. Des lois récentes ont permis une certaine homogénéisation de ces droits pour les deux parents :

•  En 1987 la loi Malhuret sur l'exercice en commun de l'autorité parentale après le divorce.

•  En 1993 avec l'élargissement de l'exercice en commun de l'autorité parentale à tous les enfants quel que soit le statut matrimonial de ses parents.

•  En 2002 loi de réforme des divorces.

•  En 2005, la loi Perben place l'engagement dans un processus de médiation sous ordonnance d'un juge.

Pour de plus ample information, je renvoie le lecteur vers le mémoire de Claire Agret (2004), qui reprend l'ensemble des lois, les différentes réformes de la justice familiale. J'ai reproduit en annexe 4 les différentes formes de divorce.

Par exercice commun de l'autorité parentale, nous entendons que chaque parent a un droit de regard sur divers champs de la vie de ses enfants :

•  La scolarité.

•  L'éducation et les valeurs qu'elles introduit dans la psyché de l'enfant.

•  La religion.

•  La santé.

Pour appliquer cette autorité parentale conjointe, chaque parent possède les mêmes prérogatives qui lui permettent de contrôler chacun des champs cités. Par exemple, chaque parent a le droit de recevoir les bulletins scolaires de l'enfant. Toutefois, dans les faits, les prérogatives du parent coupé de l'enfant sont souvent bafouées par les diverses institutions et ce malgré l'obligation légale qu'ils ont de transmettre toutes informations concernant l'enfant aux deux parents. Le manque d'informations voire la désinformation des publics, la lenteur de l'imprégnation des textes du code civil dans les consciences, sont souvent indiqués par le responsable du Centre PEM comme des atteintes potentielles contre l'article 55 de la constitution de la république : «  en 2005 chaque administration sa loi territoriale et des pratiques qui s'imposent au dessus des lois générales ? »

Mais pour que l'exercice de cette autorité soit commune , un pré-requis est indispensable : le maintien du couple parental dans un au delà de la rupture conjugale. Dans bien des cas de divorce la communication entre les anciens époux demeure sur le plan de la discorde conjugale, le règlement judiciaire ne tendant pas à la responsabilisation des parents quant à l'enfant. Ce ne sont pas les parents qui continuent de se déchirer dans l'après divorce en prenant l'enfant en otage, mais bien les ‘ex' qui persistent dans leurs souhaits de faire ‘payer l'autre'. Le Justice familiale ne se donne pas pour mission de parvenir au deuil du couple conjugal, pour que puisse croître le couple parental, car des époux qui se tancent l'un l'autre sont une manne financière bien plus importante que des parents qui s'accordent dans l'intérêt supérieur de l'enfant ! La médiation familiale se donne ce rôle d' accoucheur du couple parental face à celui thanatopracteur du couple conjugal que se donne l'appareil judiciaire.

Lorsque le deuil du couple conjugal paraît impossible, c'est le narcissisme de chacun des parents qui régit les échanges avec l'autre, en prenant souvent l'enfant en otage afin de prouver à tous qu'il est le meilleur parent et par peur de perdre sa relation à l'enfant.

Lorsque du deuil du couple conjugal se révèle ou non le couple parental, l'enfant n'est plus à sa bonne place s'il est celui qui narcississe, car il est celui qui doit être narcississé. Un parent ‘ suffisamment bon ' se doit de comprendre que l'enfant est un sujet à part entière et que son rôle se limite à le rendre capable de s'assumer seul.

Saint-Exupéry écrivait: «  nous n'héritons pas de la Terre de nos ancêtres ; nous l'empruntons à nos enfants  ». La parentalité pourrait s'adapter à cette citation ! être un parent ‘ suffisamment bon ' c'est accompagner un adulte en devenir vers une autonomie qui lui permettra d'habiter son environnement propre, et non de suivre des chemins déjà tout tracés ! Le couple parental, à l'inverse du couple conjugal déchiré, définit deux adultes qui se sont un jour aimés, qui ont eu le bonheur de mettre au monde un enfant et qui, malgré l'étiolement de leur amour, n'impose pas à l'enfant les conséquences de cette désunion. «  Le maintien du couple parental au-delà de la rupture conjugal  * » signifie donc qu'une communication responsable et adulte a été retrouvé entre les deux amants d'hier qui se séparent aujourd'hui, ayant pour fonction de répondre de la manière la plus adéquate possible aux besoins de l'enfant.

5.4/ Le développement affectif de l'enfant

C'est un sujet qui revient fréquemment dans mon discours, tant il me semble que son bon déroulement est la base d'une vie adulte épanouie.

La prématurité de la progéniture humaine impose dans les premiers mois de vie un investissement total d'un adulte dans le but de répondre immédiatement aux besoins vitaux du nourrisson. C'est la phase de dépendance absolue . Or la mère qui a porté neuf mois durant la vie en son ventre, est la plus à même (mais pas l'unique personne) d'accepter cette aliénation à l'enfant, de par son identification à celui-ci. Au cours de cette phase, le nourrisson ne sait pas ce qu'est un soin du fait qu'il ne partage pas encore le monde entre un intérieur et un extérieur ; de ce fait la période où sa mère est essentiel à sa survie est une phase où l'enfant ne la conçoit pas comme sa mère.

Au cours d'une seconde phase, celle de la dépendance relative , l'aliénation à l'enfant se doit de diminuer pour permettre à l'enfant d' intégrer son Moi par distinction avec ce qui est Non-Moi. Or cette dissociation est rendue possible par la compréhension de ce qui est un soin ; or, si la réponse à un besoin est antérieur à toute demande, ou si elle ne parvient jamais, l'enfant ne pourra accéder à la conception de ce qu'est un soin, de ce qu'est l'altérité et ne pourra donc, de ce fait, pas parvenir à l' Intégration de son Moi pour sa part la plus profonde : le Vrai ‘Self '. Une fois intégré cette assise du Moi, la phase de Personnalisation adviendra. La dernière étape de la dépendance relative est la Réalisation , étape définit par Winnicott comme celle de l'appréhension des objets externes et de leurs usages. L'adaptabilité absolue des quelques premiers mois, se doit de s'atténuer par la suite, l'enfant étant plus capable de supporter un temps de latence précédant l'assouvissement de ses besoins . Ainsi, alors que les imagos parentaux se mettront en place (que la mère sera mère et le père sera père) l'instinct maternel, que l'opinion française a hérité de l'époque noire de Vichy, doit cesser d'assouvir les besoins de l'enfant dès qu'ils apparaissent. Le père, chez qui la relation triangulaire ne saurait être remplacé par une relation fusionnelle de par l'omniprésence maternelle, aura dès lors un rôle sociabilisant tant vis à vis de l'enfant que de la mère. Resocialiser la mère afin qu'elle se réinvestisse tant dans la vie conjugale que sociale, permettant ainsi de l'extraire de sa ‘douce folie maternelle' confrontant alors l'enfant aux frustrations qu'il peut endurer et l'amener de ce fait à l'expression d'une demande tourné vers l'extérieur. En effet, si ce que je veux n'est pas là dès que je le souhaite, c'est que tout ce qui m'entoure à une vie séparé de la mienne ; donc pour pouvoir assouvir les besoins que je ne peux résoudre seul, il me faut savoir demander et de ce fait acquérir son canal d'émission : le langage. La phase de dépendance relative pourrait donc être défini comme la phase de toutes les acquisitions psychiques, sans oublier l'indispensable Complexe d'Œdipe et son acolyte : le Complexe de Castration. Le parallèle avec la médiation familiale reposera sur l'énoncé suivant : chaque parent est capable de permettre une évolution sereine du développement affectif de l'enfant dès le début de cette période.

La phase ultime de ce développement affectif étant l' indépendance , toute relative elle aussi, car, même adulte, un être humain ne saurait être perçu hors de tout contexte, de tout environnement. Les processus identificatoires persistent, père et mère ayant les rôles principaux. Ainsi, couper l'enfant de l'un deux, c'est briser son développement.

6/ Mon rôle au côté du médiateur

6.1/ Co-écoutant

Lors des entretiens d'adultes, j'étais présent au côté du médiateur du Centre PEM, Mr Alain BOUTHIER. En regard des travaux effectués par Claire Friedel (1997), je participais aux entretiens de remémoration des événements, d'organisation des procédures judiciaires, de revalorisation personnelle, de dédramatisation .

6.2/ Ecoutes d'enfants

Au cours de l'année, nous avons parfois vu des enfants accompagnés par leurs parents au sein du Centre PEM. Il était convenu avec le médiateur que je m'occuperai d'eux. J'ai pu ainsi avoir des entrevues avec quelques enfants de parents divorcés avec l'accord parental et en suivant le protocole d'entretiens d'enfants en vigueur dans le Centre.

Je citerai en exemple le cas du jeune Antoine (compte rendu reproduit en annexe2), qui m'a permis d'appréhender une situation difficile, la mère étant dans une démarche pour organiser des visites médiatisées souhaitées par le père, l'enfant s'y refusant. Ce cas m'a amené à poser l'hypothèse de la nocivité potentielle d'un parent quant à la psyché de son enfant. Lors de l'entrevue, nous avions investigué, avec le médiateur, son refus. Eu égard à cette entrevue, ainsi qu'à une ultérieure avec la mère seule, ce refus nous est apparu comme étant un choix personnel, non induit, de l'enfant. La confrontation avec son père provoque chez Antoine un repli sur soi, une régression d'un self spontané, créatif à un faux self de défense, exprimant ainsi une crainte d'anéantissement par ce dit père (angoisse que nous pouvons retrouver dans un dessin qu'il a réalisé lors de notre séance (annexe3).

Bibliographie

•  Claire AGRET, La place et l'importance de la médiation familiale dans les divorces. Université Paul Valéry, 2004. Sous la direction de Mme M.-L. CROS-COURTIAL

•  Claire FRIEDEL, Promomem. Place fondamentale du père et devoir d'urgence au développement de la prévention dans le champs familial . Unité de Recherche P.E.M. mars 1997.

•  J. LAPLANCHE et J.-B. PONTALIS, Vocabulaire de la Psychanalyse , PUF, Coll. Bibliothèque de Psychanalyse. Paris, 2003 (14 e édition, 1 ère édition : 1967)

•  D.W. WINNICOTT :

•  Jeu et réalité . Folio essais. Mesnil-sur-l'Estrée, 2004. (1 ère édition traduit en français en 1975).

•  Processus de maturation chez l'enfant . Payot, Coll. Science de l'Homme. Lonrai, 2003. (1 ère édition française :1970).

•  De la pédiatrie à la psychanalyse . Payot, Coll. Science de l'Homme. Mesnil-sur-l'Estrée, 2004. (1 ère édition française :1969)

 

 

Table des Matières.

 

Annexes

 

Annexe 1 : les différentes formes de divorce

LES TROIS FORMES DE DIVORCES

La loi du 11 juillet 1975 distingue trois formes de divorce

Le divorce pour faute

Le divorce pour consentement mutuel

Le divorce pour rupture de la vie commune

1. Le divorce pour faute

1.1 Qu'est ce qu'une faute ?

Lors de la cérémonie de mariage, les époux s'engagent à respecter des devoirs et des obligations. En cas de non-respect de ces devoirs et obligations par l'un des conjoints, l'autre est en droit de demander le divorce pour faute. Le juge ne retient son existence que s'il y a violations graves ou renouvelées des devoirs et obligations du mariage qui rendent intolérable le maintien de la vie commune (article 242 du code civil).

La faute peut être l'adultère (violation du devoir de fidélité), l'abandon du domicile conjugal (violation du devoir de cohabitation), la condamnation judiciaire à une peine (peine de prison…), la non consommation du mariage (refus de relations sexuelles) ou la non contribution aux charges du mariage. Le juge peut également prendre en compte les violences de tout type.

Il appartient toujours à celui qui demande le divorce de prouver la faute du conjoint. Le demandeur doit présenter au Juge aux Affaires Familiales (JAF) une requête aux fins du divorce qui doit contenir les fautes reprochées.

La faute peut se prouver par tout moyen. Les preuves peuvent être constituées par le demandeur mais peuvent également émaner de tierces personnes (certificats médicaux, rapports de police, témoignages écrits ou oraux…).

1.2 La procédure de divorce pour faute

Il convient tout d'abord de prendre contact avec un avocat qui est seul habilité à présenter la demande au JAF. Celui-ci présente alors la requête aux fins du divorce au Tribunal de Grande Instance (TGI) du domicile conjugal. Cette requête expose les éléments de la demande d'un des deux conjoints et qui sont selon lui des fautes. Après avoir présenté cette requête, le juge convoque les conjoints par lettre recommandée avec accusé de réception à l'audience dite de conciliation.

La tentative de conciliation est rendue obligatoire par les articles 252 et 252-3 du code civil. Cette tentative existe dans le cadre du divorce pour faute mais également dans le divorce pour rupture de la vie commune. Le JAF tente, lors de l'audience de concilier les époux. Le juge doit s'entretenir avec chacun des époux séparément et sans leurs avocats. Lors de cet entretien, le juge doit tenter de connaître les raisons profondes du divorce et chercher une solution à l'amiable. Puis le juge doit recevoir les époux ensemble et les inciter à la réflexion.

Si les époux se réconcilient lors de l'audience de conciliation, le juge dresse un procès verbal de conciliation. Cependant, si les époux ne se réconcilient pas, le juge rend une ordonnance de non conciliation. Le juge doit tenter, à défaut de renonciation au divorce, d'amener les époux à régler d'une façon amiable les conséquences du divorce. La médiation familiale pourra alors être un moyen pour les parents d'élaborer un accord.

La seconde phase de la procédure se déroule devant le tribunal et non plus devant un seul juge. Chaque époux doit avoir son propre avocat. Si l'époux qui subit le divorce ne prend pas d'avocat, il s'expose à ce que le jugement et ses conséquences soit prononcé sur les seuls éléments apportés par l'autre. La procédure se poursuit avec l'assignation du conjoint dans les six mois de l'ordonnance de non-conciliation. L'assignation doit préciser les fautes reprochées au conjoint et en rapporter la preuve.

Enfin, la procédure se terminera par l'audience de plaidoirie à laquelle les époux n'ont pas obligation d'assister. La juridiction peut rejeter la demande, prononcer le divorce aux torts exclusifs ou aux torts partagés.

1.3 Qu'est ce que le divorce aux torts partagés ?

Le but du divorce pour faute est de démontrer le comportement fautif de son conjoint. Cependant, il peut arriver que l'époux demandeur ait lui aussi commis des fautes (article 245 du code civil).

Le juge prononce un divorce aux torts partagés chaque fois que des fautes ont été commises par les deux époux. Cette solution conduit à partager les frais de la procédure entre les deux époux.

2/ Le divorce par consentement mutuel

Le divorce par consentement mutuel comporte deux types de procédure de divorce :

•  la procédure sur demande conjointe ;

•  la procédure sur demande de l'un des époux et accepté par l'autre.

2.1/ Le divorce par consentement mutuel sur demande conjointe

Le divorce par consentement mutuel peut être une demande conjointe des deux époux ou une demande présentée par l'un et acceptée par l'autre. Une communauté de vie d'au moins six mois est nécessaire pour l'admission de ce divorce (article 230 du code civil). Le consentement doit être total, c'est à dire qu'il porte sur le principe du divorce mais aussi sur les mesures provisoires et sur les conséquences de la séparation. Le rôle du juge est donc de constater la volonté commune de séparation et d'homologuer la convention rédigée par les époux. Cette convention rédigée à l'aide d'un avocat, doit contenir les conséquences du divorce (prestation compensatoire, résidence des enfants, partage des biens…). La convention doit être faite dans l'intérêt des enfants et dans l'intérêt de chaque époux. L'avantage de cette procédure est la rapidité car le divorce peut être prononcé dans un délai minimum de 6 à 9 mois. Dans le cadre d'un divorce sur demande conjointe, la loi autorise les deux époux à recourir à un avocat unique pour présenter leur demande (article 230 du code civil).

2.2 / La procédure de divorce par consentement mutuel sur demande conjointe

Cette procédure suppose que les époux s'accordent sur l'organisation de la vie pendant et après le divorce. Celle-ci débute par le dépôt au greffe du TGI d'une requête initiale de divorce rédigée soit par l'avocat de chaque époux, soit par leur avocat choisi en commun. Cette requête doit contenir un projet de convention provisoire, qui a vocation à s'appliquer pendant la procédure, et un projet de convention définitive, qui doit s'appliquer après le prononcé du divorce. Les époux règlent dans ces conventions les conséquences pratiques et financières de leur changement de statut matrimonial.

La procédure se déroule devant le TGI du domicile conjugal ou, si l'un des parents a déjà changé de domicile, au tribunal du lieu de résidence des enfants mineurs. Le juge ne procède pas réellement à une audience de conciliation car chacun des époux est demandeur du divorce. Lors de la première audience, le juge indique aux époux la suite de la procédure et examine la convention temporaire. Cette convention doit s'appliquer entre le jour de cette première audience et le jour du prononcé du divorce.

Les époux sont entièrement libres pour rédiger les clauses de cette convention et prévoir les effets de leur divorce (montant des pensions, partage des biens, organisation des responsabilités parentales à l'égard des enfants communs…). Le juge ne doit pas obliger les époux à modifier les clauses qu'ils ont prévues d'un commun accord sauf si certaines sont contraires à l'intérêt des enfants.

Le juge procède également à un examen du projet de convention définitive et vérifie qu'il est conforme aux intérêts des époux et des enfants. Enfin, lors de cette première audience, le juge rend une ordonnance initiale qui est le point de départ du délai de réflexion obligatoire de trois mois minimum et neuf mois maximum.

Ensuite, dans un délai de 3 à 9 mois, les époux doivent procéder à une réitération de leur demande de divorce sous peine de rendre leur procédure préalable sans effets. Les époux et leurs avocats sont alors convoqués à une seconde audience par le JAF. Celui-ci examine encore une fois la convention définitive qui est intégré au jugement de divorce.

Le juge donne son accord sur cette convention (homologation) et prononce le divorce entre les deux époux. Le divorce ne devient définitif que passé le délai d'exercice des voies de recours (15 jours).

2.3/ Le divorce par consentement mutuel sur demande acceptée.

Ce type de procédure est conçue pour être utilisée par des époux d'accord sur le principe mais non sur les effets du divorce, dont ils confient le règlement au juge. Les deux époux n'ont pas à présenter de requête conjointe, il suffit que la requête présentée par l'un soit acceptée par l'autre.

Le juge doit opérer une tentative de conciliation entre les époux. Les époux doivent donc conclure des accords concernant les enfants, la pension alimentaire… Le juge peut tenir compte de ces accords lors du prononcé du divorce.

2.4/ La procédure de divorce par consentement mutuel sur demande acceptée

L'époux à l'initiative du divorce doit présenter au juge, par l'intermédiaire de son avocat, une demande en divorce accompagnée d'un " mémoire ". Ce document relate objectivement les faits qui rendent intolérable le maintien de la vie commune, sans chercher à les imputer particulièrement à l'un ou l'autre des époux. Ce mémoire est donc communiqué au défendeur dans un délai de 15 jours.

3/ Le divorce pour rupture de la vie commune

Lorsque des difficultés conjugales surgissent, certains couples choisissent de se séparer et cessent toute cohabitation, c'est la séparation de fait.

Le prononcé du divorce pour rupture de la vie commune peut être obtenu si les époux ont cessé toute cohabitation et vivent séparés de fait depuis au moins 6 ans (article 237 du code civil). La séparation de fait doit comporter trois éléments, un élément matériel (l'absence de cohabitation), un élément intentionnel qui peut être le fait d'un seul époux et un élément temporel (une durée consécutive d'au moins 6 ans).

Le conjoint peut nier la séparation et il appartient toujours au demandeur de la prouver. Cette preuve peut être rapportée aux moyens de quittances de loyer, de factures d'EDF ou de téléphone. Si la preuve est rapportée, l'accord du conjoint n'est pas nécessaire et le juge doit prononcer le divorce.

Cependant, l'époux demandeur doit en supporter toutes les charges (frais de procédure, pension liée au maintien du devoir de secours…) et ne peut obtenir aucune prestation compensatoire.

Enfin, l'article 240 du code civil permet au défenseur de demander le rejet de la requête en divorce s'il prouve que celui-ci aurait, pour lui ou pour les enfants des conséquences d'une exceptionnelle dureté.

Signalons l'existence de la séparation de corps. La séparation de corps est souvent considéré comme une alternative au divorce. C'est une séparation prononcée par le Tribunal de Grande Instance (TGI) qui ne dissout pas le mariage mais dispense les époux de leur devoir de cohabitation et de leur obligation de solidarité. Cependant, les devoirs de secours et de fidélité subsistent entre les époux et l'un d'eux peut réclamer et obtenir une pension alimentaire.

Annexe 2 : Compte rendu de l'entretien avec Antoine

Entretien avec l'enfant Antoine

Entrevue menée par Pierre HUET, collaborateur co-écoutant du centre Parents-Enfants-Médiation.

Antoine est un jeune garçon de huit ans.

Contexte

La mère d'Antoine, est venue au centre accompagnée de l'enfant.

L'entretien se déroula en deux temps distincts.

1/ Entretien avec la mère, en présence de l'enfant

Sont attablés : la mère, l'enfant et les trois écoutant du centre de médiation. L'enfant s'étant assis à côté de sa mère.

Lors de cet entretien, il fut question d'un Point-Rencontre (P-R) dans lequel devait se rendre chaque semaine l'enfant afin de rencontrer son père. L'enfant aurait fait part à sa mère de propos maladroits tenus par les éducateurs de ce lieu, elle décida de ne pas obliger son fils à y retourner, nous expliquant que : «  Antoine a été laissé seul avec son père dans une pièce pendant que l'éducatrice était parti répondre à un appel téléphonique dans les bureaux du P-R. (La mère, venue chercher l'enfant, fut étonné de voir l'éducatrice en dehors de la pièce de la rencontre, et lui demanda de ramener Antoine). A l'issue de cette rencontre avec son père, il était en état de choc, très pâle, et ne disait plus un mot. L'éducatrice lui infligea des propos réprobateurs, le culpabilisant de n'être pas comme d'autres enfants, notamment en prenant l'exemple d'une petite fille qui « elle aime son papa ». Les éducateurs son incapables de dire ce qui s'est passé dans la pièce avec son père et ils s'énervent après moi devant Antoine lorsque je leur annonce que je ne remettrai plus les pieds dans leur organisme qui se moquent du monde. » Le médiateur du Centre P.E.M. s'est adressé directement à l'enfant pour lui demander s'il pouvait nous parler de ces rencontres : «  Tu aimais être là-bas ?  », la réponse fut une mimique légère qui indiquerait une crainte ou un agacement; «  ça t'énervais quand tu étais là-bas ?  ». L'évocation par sa mère des difficultés rencontrées au P-R devant de nouveaux adultes, fit-il ressurgir ses ressentis sur ces moments pénibles, dont il ne souhaitait point parler ? L'enfant répondit par une mimique plus marquée, se tourna vers le dos de sa chaise et mit sa tête entre ses bras. Je pris alors l'initiative de lui faire quelques petits dessins sur une feuille blanche, puis le médiateur repris l'entretien avec la mère, me permettant ainsi de susciter la spontanéité de l'enfant par la présentation que je lui fis du dessin en allant me placer côté dos de sa chaise.

L'enfant exprima à sa mère son besoin d'aller aux toilettes. Nous nous retirâmes donc un instant avec le médiateur, ce qui nous permit de faire une pause afin de nous concerter sur la manière d'approcher l'enfant.

2/ Entretien avec l'enfant en présence de la mère

A leur retour, Le médiateur demanda à la mère d'expliquer les démarches auprès des différentes instances et autorités concernées par le refus de l'enfant de rencontrer son père dans un cadre rigide, ses propres refus de l'y contraindre et ses attentes dans le champ d'une médiation plus analysée et plus prudente pour l'enfant que celle décrite, par la mère, comme bâclée dans des administrations rigides avec des gens désagréables à l'égard de l'enfant et du sien. L'enfant, toujours assis auprès de sa mère, nous faisait de nouveau face, mais ne voulait toujours pas nous parler. Je me suis alors assis à ses côtés et lui proposai que nous fassions un dessin ensemble ; il n'accéda pas à cette proposition. Nous tombâmes ensuite d'accord sur un échange de dessins. Je dessinai une tête de clown, et y ajoutai une bulle dans laquelle était écrit :  «  bonjour ! Je m'appelle…  » L'enfant eut à nommer le clown. Il l'appela par son prénom. Je fis donc une seconde bulle sur une nouvelle page blanche dans laquelle était écrit «  bonjour ! Je m'appelle Pierre !  ». Ayant demandé à l'enfant de me représenter, il esquissa un petit animal qu'il désigna comme étant un chat. Je fis un lapin s'appelant Antoine ; il croqua ce qui, selon ses dires, était un chien. Ce jeu de représentation de l'autre continua ; il fut un perroquet et je fus un escargot. Ce jeu semblait beaucoup l'amuser. Je lui proposai dès lors qu'il me fasse un dessin le représentant. Antoine prit une des feuilles blanches A4 que j'avais mis à sa disposition, et réalisa le dessin que je lui avais demandé. Il esquissa un bonhomme qui ne mesurait qu'un centimètre de la tête aux pieds (vérifiée avec un décimètre). Il ajouta par-dessus un pied. Dans la bulle, il écrivit : «  Je suis Antoine ! Je suis dans un monde de géant !  ».

Pour ne pas briser sa confiance, je pris à mon tour le feutre rouge que nous utilisions tout deux, et un nounours jaillit sur la page blanche. Lorsque son tour vint, il fit un dessin qu'il titra «  Le jour d'apr é  » (il s'agit d'un film apocalyptique), sur lequel il se représentait comme tenant un clap de cinéma, une tornade venant vers lui. Il écrit «  eh ! S 'est pas une vrai tornade  » ; une voix lui répond «  Si Antoine !  ».

Proposition lui fut faite de dessiner une famille idéale pour le clown du départ, en retour, j'entourerai le nounours de sa petite famille. Il dessina trois personnages : le père, la mère et le petit frère. Ayant copié sur mon dessin, les têtes des trois personnages étaient identiques, toutefois celle du père était la plus grosse et située sur la droite. Celle de la mère à gauche. Le petit frère, au milieu, fut le seul représenté dans son intégralité. Une bulle les surplombe et dit «  s'est Antoine qui nous a dessiné  »

Il accepta de me faire un autre dessin. Il dessina un petit bonhomme au pied d'une fusée asymétrique. Il lui fit dire : «  la géomét troie s'est patf acile  ». Il m'expliqua que l'axe du centre était un axe de symétrie, le petit garçon avait du faire le symétrique du côté gauche de la fusée selon cet axe. Le côté gauche était formé de traits droits, le côté droit était formé de courbes maladroites. Il m'expliqua que l'enfant n'arrivait pas à le faire bien car il était énervé ; et qu'il était énervé parce qu'il n'arrivait pas à faire ce qu'on lui demandait.

Il esquissa un dernier dessin et ce de manière libre. Il dessina une tête difforme, gribouillée. Il rajouta une bulle disant : «  est que je suis moche  ». Le médiateur et la mère ayant terminé leur entretien, nous nous levâmes tous pour entamer le protocole de départ. Nous demandâmes à l'enfant de nous dire qui il avait représenté. Il nous regarda les uns après les autres. Le médiateur lui sourit en demanda : «  c'est moi ?  », l'enfant lui sourit en lui tendant son dessin «  oui  ! ». Il ajouta une barbe et des lunettes à son dessin pour qu'il soit plus ressemblant.

Interprétation

Les dessins eussent pu se suffire à eux-mêmes pour poser une interprétation, le matériel verbal n'étant qu'une confirmation de ce que nous aurions pu conclure des esquisses.

Nous nous appuierons sur les cinq derniers dessins, nous ne nous servirons pas des représentations qu'il fit de mon personnage à ses yeux, en tant que leurs rôles se limitaient à une médiation avec l'enfant. Ne peut-on, de plus, considérer que les projections animales sont normales à cet âge ?

Par le dessin du pied de géant, bien placé pour écraser le minuscule Antoine, s'exprimerait l'angoisse de cet enfant face à ce monde d'adultes qui s'agglutinent autour de lui. Cette angoisse qu'il nous avait en premier lieu exprimé par son mutisme. Les proportions employées sur cette feuille, le bonhomme ne mesurant que difficilement le sixième du pied de géant tout prêt à l'écraser (cette proportion fut vérifiée à l'aide d'un décimètre) exprimeraient admirablement cette angoisse d'anéantissement.

Sur son second dessin, celui du «  jour d'apr é  », l'enfant s'est représenté comme un protagoniste d'un film apocalyptique. Une tornade vient sur lui, mais il est convaincu qu'elle n'est pas réelle, seule une petite voix off vient lui apprendre qu'il ne s'agit pas d'un effet spécial du film. Cette voix, il nous dit la connaître mais ne pas savoir à qui elle appartient. Une fois encore, il se retrouve face à un anéantissement proche, mais il ne sait s'il s'agit d'une réalité ou juste d'une crainte.

Le dessin de la famille idéale nous semble surtout intéressant sur les points où il ne se contenta pas de copier sur mon modèle. Il ajouta des bras à ses personnages, bras tordus. Pourrions-nous y voir une incapacité de tenir dans ses bras les autres membres de sa famille ? L'enfant souhaite-t-il représenter par ce biais les adultes qu'ils rencontrent et qui l'effraye ?

Enfin le dessin de la fusée asymétrique nous ouvre sur des interprétations possibles de son estime de soi, de son schéma corporel qui se trouvent soutenu par les observations que nous avons pu partager, le médiateur et moi-même sur le comportement de l'enfant. Nous nous sommes, en effet, interpellé sur les mimiques du début de l'entretien et qui nous paraissaient parfois être des tics avec clignement de l'œil droit et de la pommette associée. Or, le symétrique difforme de la fusée est lui aussi porté à droite de la feuille. En nous accordant sur l'interprétation que la fusée ne serait que le reflet de sa propre image du corps ou encore de son estime de soi, nous pourrions alors poser l'hypothèse que cet enfant possèderait une image de lui-même faible. Il se retrouve dans une situation où ce que l'on attend de lui ne peut être saisi, élaboré. Ne pouvant se conformer aux attentes des adultes, il serait dans un état d'affaiblissement de son image et une baisse de son estime de soi. Le dernier dessin qu'il fit, exprimerait-il lui aussi cette estime de soi et cette image du corps faible, peu construite ? L'enfant représenté sur la feuille, qui ne saurait être lui selon ses dires, est, toujours selon ses propos, énervé de ne pouvoir arriver à faire exactement ce qu'on lui demande, de ne pas pouvoir parvenir à se conformer à l'image qu'on souhaiterait qu'il reflète ; son mutisme initial semble, dans l'après-coup, avoir été une réaction de repli face à des adultes qui semblaient ne pas se contenter des rapports que sa mère faisait de ses ressentis à lui, et qui souhaitaient l'entendre s'exprimer sur ce sujet. Une crainte que nous le jugions à nouveau comme un mauvais garçon ne souhaitant pas voir son père, ce qui fut fait, semble-t-il par les protagonistes du Point-Rencontre. Il est souvent répété qu'  «  il ne faut pas tricher avec ce que l'on ressent  ». C'est une phrase véhiculée par celles et ceux qui tente d'exprimer une sorte de loi qui n'est d'ailleurs pas très entendue ni respectée et encore moins appliquée, son sens n'étant pas immédiat puisqu'il ne s'appuie pas sur une notion relative à du concret : celle de ressenti. Or il nous semble que les ressentis de l'enfant à l'égard de la situation n'ont pas été respectés par les protagonistes du Point-Rencontre.

Antoine nous est apparu comme un enfant replié sur lui, dont l'élan vital semble avoir été stoppé par les stimulations incessantes d'adultes peu sensibles au monde de l'enfance. Il se trouverait devant une difficulté entre la volonté d'exprimer son identité propre (côté gauche de la fusée) et le devoir, qu'on lui impose, de se soumettre aux demandes « légitimes » d'un parent (côté droit de la fusée). Nous fait-il part, par le truchement de ses dessins, de l'angoisse d'anéantissement qui serait sienne face à ce monde de « géants » ne tenant pas compte de ses attentes à lui ? Le «  jour d'apr é  » nous renseigne sur l'idée qu'il voit arriver la menace mais ne peut consciemment la voir comme telle ; cette petite voix serait-elle sa « petite voix intérieur », inconsciente, qui tente de le préserver face au péril ?

Les diverses représentations semblent reprendre des formes phalliques. Le clap de cinéma, situé à la base de la tornade, serait-elle la présentification d'une angoisse de castration ? Ne pourrions-nous voir dans la fusée cette même représentation phallique ? Comment devons-nous comprendre l'écriture du mot «  géomét troie  » ? S'agit-il d'une erreur, ou ce collage du troie au reste du mot, avec redondance du t , est-il l'expression de la question de la triade oedipienne ?

Après une phase de repli, notre petit jeu semble avoir réussi à mettre l'enfant dans une relation confiante à mon égard. Après avoir projeté ses problématiques sur le papier, il fut capable d'en parler. Nous avons pu observer que lorsqu'il réalisait une de ses œuvres, il repliait le bras gauche sur sa feuille, afin que personne, ni même-moi, ne puisse voir ce qu'il était en train de faire ; exprimait-il ainsi sa volonté de pouvoir parler en son nom propre sans qu'aucun regard d'adultes ne puisse interférer avec ce qu'il souhaitait transmettre ? Ce bras camouflant lui permettait-il d'empêcher tout regard de se poser sur son dessin et ainsi personne ne grimacerait ou n'interpréterait avant qu'il ait pu dessiner (dire) tout ce qu'il avait à dire ? Etait-ce une manière pour lui de pouvoir s'exprimer librement, sans jugement ?

Autant son arrivée fut discrète, autant son départ fut remarqué. Il s'approcha en effet de nous, en tendant la main afin d'y étreindre les nôtres. Toutefois, l'un des écoutants mis sa main à plat, signal universel afin que l'on tope, l'enfant hésita, puis topa. Peut-être avait-il besoin d'être entendu par des adultes, de pouvoir se montrer tel qu'il s'imagine, et non pas tel que l'on souhaite qu'il soit ? C'est pourquoi, par la suite, nous partageâmes la remarque suivante avec le médiateur du centre : en l'invitant à toper dans nos mains, n'avions nous pas heurté cette volonté d'être lui-même de ce jeune garçon qui s'approchait timidement de trois grands hommes en tendant la main ? Toutefois, nous nous mîmes aussi d'accord sur l'interprétation suivante : serrer la main afin de dire au revoir, n'est-il pas aussi un comportement hérité, imposé ? En lui permettant de toper dans nos mains de toutes ses forces, ne lui avons-nous pas ainsi permis d'évacuer la tension accumulée durant l'évocation de son histoire, tout en lui montrant que peu importe ce qu'il pourra faire pour nous faire mal, nous serons toujours là pour l'aider, l'écouter ?

Annexe 3 : Dessin d'Antoine

fig.1  : Dessin d'Antoine

Nous pouvons lire dans la bulle : «  Je suis Antoine ! Je suis dans un monde de géant  ».

La couleur rouge n'est pas un choix de l'enfant, nous ne disposions en effet que d'un feutre de ce coloris.

* Soulignons que cette phrase devenue institutionnelle, reprise par toutes et tous, est la phrase école fondatrice de SOS Enfants du divorce sous la plume de Alain Bouthier dans les années 80.

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