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UFR V – Université Paul Valery
DÉPARTEMENT DE PSYCHOLOGIE
Sous la direction de M. CASSANAS
Claire Friedel
UNITÉ DE RECHERCHE
PARENTS-ENFANTS-MEDIATION
L’équipe du Centre PEM
Sous la direction de Alain BOUTHIER

 

 

Claire Friedel
Psychologue clinicienne

L'urgence au développement de la prévention

dans La relation d'aide aux familles

La notion de tiers

 

Du rôle du psychologue dans différentes structures d'aide aux familles

 

1. Comment apporter une aide professionnelle aux familles en souffrance?

         Lorsque des enfants ou des parents souffrent, il est bien rare que ce ne soit pas la cellule familiale dans son ensemble qui en patisse.

         Comme dans presque tous les secteurs sociaux-économiques, ce sont aujourd'hui des spécialistes qui sont censés participer à la résolution des difficultés qui apparaissent inévitablement. Nombreux sont alors ceux qui dénoncent le cloisonnement de notre vie en éléments de plus en plus étrangers et ingérables pour la personne ou le système concerné.

         Nous assistons au développement de technicités et de techniciens dont la performance ne fait plus aucun doute; on parvient pratiquement toujours à garantir l'anéantissement de l'élément perturbateur. A court terme, l'efficacité de chaque spécialiste ne peut quasi plus être remise en cause.

Sommes-nous pour autant plus satisfaits, plus heureux ou plus aptes à la vie?

A plus longue vue, nos observations et nos expériences nous font pourtant encore -et toujours- douter de nous... si nous le voulons bien!

         Revenons à la famille, cette "institution en crise"... N'est-elle pas aussi un de ces systèmes -il s'agirait ici d'un système socio-culturel - qui voit un nombre sans cesse croissant de spécialistes de tous bords se pencher sur son sort?

         Sans remettre en cause l'utilité de leurs diverses actions auprès de la famille et surtout auprès de ses membres, nous pouvons toutefois remarquer une bien gênante réitération -doit-on parler de chronicité?- de la plupart des problèmes familiaux.

         Que signifient ces scénarii à répétition sur lesquels que de rares professionnels semblent vouloir s'interroger, voire même s'arrêter? Il est vrai que la gestion des urgences et des crises nous accapare bien assez dans notre pratique, quand elle ne nous submerge pas déjà!

         Mais faut-il pour autant complètement négliger l'analyse des situations dans leur ensemble? N'y a-t-il pas moyen d'orienter nos actions vers une approche plus holistique, permettant quelque peu plus d'aborder les problèmes dès les premiers signes de leur apparition?

Il ne s'agit ici sûrement pas de l'ambition de déterminer et d'éliminer la source de nos maux. Déjà la prévention de crises, d'urgences, de détresses et de souffrances peut apparaître comme un projet de bien grande envergure.

         Que nécessite cette idée de prévention? Comment peut-elle se concrétiser au niveau de l'aide aux familles? Puis-je avancer l'idée que le professionnalisme est un pas vers l'action préventive? J'entends par professionnalisme une conscience de l'action menée et de ses enjeux, un savoir sur cette action, sur les techniques qu'elle met en oeuvre, ainsi que sur le public auquel elle s'adresse. En dernier lieu, le professionnalisme impliquerait-il une reconnaissance des limites de son application.

         Prise de distance critique, n'est-ce pas ce à quoi nous invite l'idée de prévention...?

 

1.1. Nécessités et moyens

         Il apparaît avec évidence que la place du psychologue clinicien dans le champ de la famille correspond à une nécessité sociale: les cas faisant -potentiellement ou réellement-  appel au savoir et au savoir-faire psychologique sont nombreux.

         Le psychologue peut et doit trouver sa place, tant dans le travail avec l'enfant et ses parents, que dans la collaboration avec différents professionnels impliqués dans le même champ d'activité. Les différents types d'interventions et donc de fonctions dont il relève, demandent la mise en oeuvre de compétences variées.

         Les actions de prévention, de gestion de crise, de conseil et de suivi auprès des personnes en demande d'aide, ainsi que celles de coordination, d'organisation, de réflexion et d'élaboration de projet, relèvent des tâches que le psychologue peut s'assigner. Elles peuvent être considérées comme les objectifs globaux d'aide, à la réalisation desquels le psychologue participe

         Il importe toujours que les nécessités et moyens, autant généraux que particuliers, soient clairement posés et définis et ceci afin de permettre:

         - une définition ou des redéfinitions précises des objectifs de chaque action;

         - une répartition adéquate et pertinente des différentes fonctions professionnelles impliquées;

         - et par là-même l'établissement de profils de postes précis qui, eux, facilitent les procédures de sélection à l'embauche;

         - enfin une possibilité d'évaluation et de réajustement continue de l'action, dans sa globalité et dans les fonctions particulières qui la composent.

         C'est ainsi, qu'en ce qui concerne la Psychologie Clinique -qui elle-même est encore pauvre en repères identificatoires- les faits déstabilisants sont, par exemple, de rencontrer des lieux se voulant "de soin" en manque de psychothérapeutes, où des psychologues cherchant à intervenir thérapeutiquement dans des centres ou institutions dans lesquels leur fonction officielle est toute autre, ou encore de voir des collègues d'autres disciplines incapables de savoir ce qu'ils peuvent demander aux psychologues. Ceci est néfaste autant pour la profession que pour le métier et pour l'emploi en psychologie clinique.

         Ainsi, ai-je certaines fois fait l'expérience de l'incompréhension de membres d'une équipe devant le silence du "psy" en réunion, alors que c'était lui qui suivait l'enfant, dont il était question, en psychothérapie.

Ici se posait, d'après moi, la question de savoir à quels titres a.) il intervenait ainsi auprès de l'enfant et b.) il participait à la réunion d'équipe.

         Une raison clairement énoncée de la valeur informative de cette réunion pour le psychothérapeute -et non l'inverse- aurait en grande partie levé l'incompréhension, l'insatisfaction et la méfiance qui ont été générées par la confusion de cette situation professionnelle. Certains en effet, ne voyaient plus l'utilité de présenter leur propre travail, puisque "d'autres" faisaient -à leur yeux- de la "rétention d'information". 

         Mon souci est de montrer, par cette illustration détaillée, combien des éléments, autres que ceux relevant de la pure technique professionnelle, influent dans l'efficacité du travail réalisé.

         Sachant que le psychologue clinicien détient (du moins dans les faits) plusieurs fonctions pour un même poste, la clarification formelle des éléments institutionnels en dévient une exigence encore plus grande.

1.2. Prévention versus prise en charge

         Quelle aide face une problématique donnée?

         Une fois le cadre formel de l'intervention posé (objectifs, répartition des tâches etc.) le psychologue doit réguler (seul ou en collaboration) le comment de l'action d'aide.

En tant que "technicien des phénomènes psychiques" il est entre-autres attentif à la manière dont les professionnels d'une équipe ré-agissent à la problématique à laquelle les confronte la personne en demande d'aide.

         Nous avons par exemple pu observer l'importante fréquence de la problématique toute-puissance/abandon -qu'elle apparaisse de manière symptomatique ou syndromatique-. Cette manière fort défensive de gérer ses difficultés se répercute de façon frappante sur le comportement d'aide que les professionnels voudraient  apporter à ce genre de situation. L'intervention elle-même peut alors, si l'on n'y prend garde, devenir autoritaire, voire intrusive ou à l'opposé chargée - à-priori - de sentiments d'impuissance et de rejets. C'est la relation d'aide qui prend le caractère symptomatique de fusion ou d'abandon dont justement souffre le demandeur. 

                     C'est à cette dimension que le psychologue doit donc être dans les deux cas particulièrement attentif, sous peine de voir une réelle contamination biaiser le travail des professionnels. L'efficience de l'intervention en est l'enjeu.

         C'est évidemment surtout la tendance à se jeter à corps perdu dans l'aide demandée qui, du côté du professionnel, est grande. Or cette attitude, d'autant plus qu'elle est, dans un premier temps, aisément justifiable par la  situation professionnelle, risque d'alimenter la problématique qui est à l'origine de la demande d'aide.

         La prévention

         Afin d'éviter ce genre de dérapages et pour soutenir une intervention pertinente, le fait d'être sensible à l'amont d'une crise et une attitude favorisant la responsabilisation des adultes m'apparaissent importants. Les exigences que l'équipe posera face à la personne sollicitant de l'aide seront élevées, mais permettent corrélativement aux professionnels de ne point trop s'impliquer à la place de l'autre. Même si cela peut momentanément se solder par une attitude de révolte ou de plainte de la part du demandeur, c'est sans doute en traversant cette épreuve au côté de la personne, que le travail de l'équipe peut avoir une valeur dynamisante et psychologiquement structurante. C'est d'une présence et non d'un réconfort qu'il doit s'agir avant tout; plus particulièrement d'une présence tierce, tranchante, permettant une prise de distance  face aux difficultés rencontrées d'une part et d'autre.

         Dans un centre de consultation, de conseil ou d'échanges, cette présence ou disponibilité se concrétise d'une manière "limitée": comme il ne s'agit pas d'un lieu de vie, des horaires sont à respecter et l'espace est restreint.

         Le coût financier que les personnes désireuses de s'engager dans ce type de démarche doivent supporter, soutient la logique de responsabilisation: il est à la charge des personnes elles-mêmes (non-remboursable), mais reste tout à fait abordable, comparé au coût de certaines prises en charge psycho-médico-sociales. La collaboration des "usagers" constitue déjà un investissement certain.

         Evidemment, ce type d'intervention ne s'adresse pas à des personnes fondamentalement en détresse, c'est-à-dire qui seraient dans de véritables situations d'urgence. 

 

         La prise en charge

         C'est alors une véritable prise en charge qui  est nécessaire pour traiter l'aval d'une crise. Cette situation ne se présente évidemment pas toujours sous une forme subite et dramatique: la lente évolution d'une pathologie mentale chez un enfant en témoigne bien assez souvent. L'enfant serait alors véritablement en danger (psychologiquement, socialement et/ou physiquement), s'il ne pouvait être accueilli à l'extérieur de la famille. Ils sont en fait en manque d'un apport équilibré de bons objets sécurisants. Le travail clinique du psychologue en institution sera toujours de repérer ce qui peut se répéter: l'apport des bons objets par l'équipe serait-il ininterrompu, la relative -et indispensable- défaillance de cet apport s'accompagnerait-elle d'un abus de pouvoir?          

         Comment, en fait, la loi est-elle représentée en institution face à cet enfant qui ne peut s'y référer dans le cadre de sa famille?

         Concrètement, la marge de réalisation du travail est relativement plus importante que dans le type d'intervention intermitant évalué plus haut: le suivi des activités quotidiennes de l'enfant donne largement lieu à la mise en oeuvre de tous les moyens psycho-éducatifs dont dispose l'équipe.

         Par contre, la lourdeur de ces importants moyens accuse une certaine rigidité de l'intervention. La qualité de l'organisation, bien que tout à fait nécessaire et favorable au bon déroulement du travail  en hospitalisation de jour dans des lieux de soins psycho-éducatifs, peut toutefois risquer de faire entrave à une plus efficace adaptation au cas par cas (par exemple dans le travail avec les parents).

 

         Les populations-cibles: enfants et/ou parents

         C'est ici que la question de la population cible apparaît avoir une portée considérable. L'on observe en effet, que tant dans des sites de médiation préoccupés par la famille et l'enfant que dans des lieux de soins psycho-éducatifs, une importance non négligeable est accordée au travail avec la génération non-prioritairement concernée par l'intervention. Ces deux sites disposent de la compétence de psychologues pour recevoir et entendre respectivement les enfants d'une part et les parents d'autre part.

         C'est ainsi que ces deux services signent, comme de nombreux autres, leur sérieuse prise en compte des liens intra-familiaux. Le fait de réserver aussi explicitement un espace à l'autre génération montre à l'évidence que l'une n'existe pas sans l'autre: l'identité parentale présuppose d'avoir un enfant, de même que ce sont les liens de filiations qui définissent un enfant, un sujet.

         La signification pratique qu'a ce travail du psychologue, serait la même pour les deux centres: servir à l'objectif global qu'ils s'assignent respectivement: - favoriser la structuration de la personnalité de l'enfant, en ce qui concerne les lieux de soins psycho-éducatifs; - favoriser la co-responsabilité des parents, collaborer au maintien du couple parental au-delà même de la rupture du couple conjugal dans l'intérêt de l'enfant, dans le champ de la médiation familiale.

         Ceci ne signifie pas que la personnalité et les demandes des parents ou des enfants ne soient pas prises en considération. Elles le sont évidemment... dans le but de faire avancer le travail avec -respectivement- les enfants ou les parents.

         L'articulation qu'il appartient au psychologue de réaliser entre ce que l'on pourrait appeler des objectifs primaires et secondaires, fait appel à une compétence particulière. Jusqu'où faut-il entendre les parents et leurs difficultés dans l'intérêt du travail fait en hospitalisation de jour, par exemple? Comment articuler leur discours à celui de l'enfant, ou encore aux observations faites sur lui? Que dire de l'un à l'autre? Comment?

         A l'Association P.E.M. se posent les mêmes questions. La délicate dimension de la demande, qui appartient essentiellement au(x) parent(s), peut venir complexifier la venue et la rencontre avec l'enfant. Lui-même n'a effectivement "rien demandé" et reste souvent particulièrement défensif. La situation de crise conjugale, voire familiale vient amplifier cette attitude de retrait.[1]

         Quels sont les objectifs des différents types d'aide

         En guise de récapitulation, je dirais que l'intervention éducative et thérapeutique (que j'ai appelé psycho-éducative) a, vu la lourdeur des situations traitées, une action à long terme, c'est-à-dire de un à quatre ans. Elle serait ainsi à considérer comme un des derniers recours en cas de problèmes pour l'enfant. Celui-ci souffre alors de troubles de la personnalité qui s'expriment sur les registres du relationnel, du scolaire et/ou de la socialisation. En confiant temporairement leur enfant aux soins de professionnels, les parents peuvent être amenés à réexaminer  leur attitude éducative, voire leur "compétence parentale"[2]

         En ce qui concerne l'intervention préventive ou de dédramatisation (gestion de crises), elle a, dans le cadre de P.E.M. une action a moyen terme, de un à six mois jusqu'à deux ans. Dans les situations traitées ici, l'enfant signifie généralement sa souffrance sur un mode encore non-pathologique, au regard de ce qu'il peut vivre. Les parents cherchent activement et explicitement à travailler en vue de minimiser les difficultés pour l'enfant. De part cette démarche, la possibilité d'une reconnaissance de fond de leurs atouts et limites parentales leur est ouverte.

 

1.3. Discussion

         Mon travail de recherche confirmerait l'hypothèse selon laquelle le maintien de l'équilibre parental harmonieux -individuel ou de couple- diminue le risque de troubles d'ordre psychologique chez l'enfant.

         Ainsi c'est un travail de prévention psychologique auprès d'adultes en devenir parental qu'il s'agirait de développer et de favoriser.

         Différentes structures d'accueil, de conseil et d'information pour les parents seraient pertinentes. Il en existe déjà un certain nombre, ce qui prouve bien les besoins dans ce domaine: Centre d'accueil familial "Cap Ferret", Roubaix (lieu d'accueil et d'hébergement pour familles en souffrances), Ecole des parents et des éducateurs à Montpellier, E.N.P.E. à Montpellier qui réunit, informe et aide les familles monoparentales, Association Montpelliéraine de Thérapie Systémique, ADFE à Béziers, etc...

         Une alternative serait de soutenir d'avantage le travail réalisé avec les parents dans les centres d'accueil pour enfants: non seulement la politique institutionnelle serait alors à reconsidérer, mais aussi les moyens mis à disposition de ces interventions. Les types d'orientation plutôt thérapeutique ou plutôt "de prise en charge" constitueraient toujours des objectifs possibles.

         Il est évident que la situation socio-économique joue souvent également un rôle important dans l'éventuelle dégradation de l'équilibre de l'enfant. Or, même si le psychologue aura donc toujours, avec d'autres professionnels, à intervenir auprès d'enfants en difficultés, on ne peut considérer le nombre d'enfants atteints de troubles psychologiques comme une fatalité. Entre autres les connaissances étiologiques en psychopathologie nous poussent à tenter d'intervenir à l'amont de ces troubles.

         Effectivement, la psychologie n'a-t-elle pas aussi pour tâche générale envers la société de favoriser la prise en compte de nombreux aspects de notre personnalité et de nos relations, qui, si on les négligent, perturbent notre équilibre global (affectif, intellectuel et physique)?

         Quelle serait la finalité de la discipline psychologique si ce n'était -comme pour de nombreuses autres, je l'espère- d'augmenter notre qualité de vie? "Qualité de vie" peut évidemment être entendue de façons très diverses, mais le fait qu'une fin générale -à caractère social , humain, voire existentiel- nous guide, peut nous faire considérer  notre pratique sous un autre angle.

         C'est ainsi que je pense qu'aucun type d'aide ne peut représenter une fin en-soi.

2. Une alternative: la Médiation Familiale

         Après avoir abordé différents types d'interventions dans le domaine de l'aide aux familles, examinons maintenant plus concrètement l'axe préventif tel qu'il est mis en oeuvre dans le champ de la Médiation familiale. Mon terrain d'étude a été le Centre de médiation familiale Parents-Enfants-Médiation.

 

2.1 Le psychologue dans le cadre associatif

 

         L'Association loi 1901 PARENTS-ENFANTS-MEDIATION est déclarée à Montpellier en Février 1989. Elle dispose d'un Conseil d'Administration qui gère le Centre associatif P.E.M. dans ses activités de médiation auprès des familles, dans l'intérêt de l'enfant.

         Le travail de l'équipe permanente du centre P.E.M. s'appuie sur l'existence des membres gestionnaires de l'Association et sur ses nombreux conseillers techniques consultatifs (en Droit, Psychanalyse, Psychologie, Sciences Humaines, Médecine, Formation, Gestion). L'équipe permanente du centre est composée du directeur/médiateur/animateur, un(e) médiateur(trice) familial(e), une psycho-clinicienne, un psychologue de l'Enfance, une secrétaire comptable et une secrétaire chargée de l'accueil et planification, et de co-écoutant(e)s bénévoles formé(e)s.

         L'Association présente son identité comme suit (extrait d'un document du Centre: participation à un projet national de solidarité, Juin 96. Rédaction sous la direction de A.Bouthier):

         "Origine et histoire

         L'Idée de l'Association a débuté en 1981, d'une prise de conscience des difficultés vécues par les parents et les enfants dans les situations de divorces conflictuels, sous le vocable "S.O.S. Enfants du divorce", regroupant des bénévoles , parents et professionnels soucieux du devenir de l'enfant et désireux de faire évoluer les mentalités et les lois.

         La phrase-école de l'Association a suscité de nombreuses évolutions: "le maintien du couple parental, pour l'enfant, au delà-même de la rupture du couple conjugal", qui est apparu dans l'estime du chercheur, du sociologue, du juriste, du législateur , est un important moyen de prévention

         Les lois de 1987 et 1993 sur l'exercice en commun de l'autorité parentale et, de 1988 à 1991, l'adoption par le Parlement Européen des pétitions et propositions de l'Association, sont des étapes marquantes de la vie associative.

         Vocation

         L'enfant a besoin de la protection de ses deux parents, de ses deux familles, et notre activité dans une mésentente familiale respecte et favorise l'équilibre et la complémentarité des fonctions parentales

         Notre solution de médiation implique directement les parents et les familles, leur permet de rechercher et d'élaborer des solutions responsables, au bénéfice de l'enfant

         Cette nouvelle approche de sociologie juridique favorise pour le père et la mère d'un enfant, quel que soit leur statut matrimonial, un engagement de co-responsabilité parentale sans nécessairement recourir à des contraintes judiciaires.

         Cette activité au cœur des familles parentales, pour le maintien de relations affectives et éducatives équilibrées entre l'enfant et ses deux familles, permet parfois d'aider à consolider, jusqu'à la réconciliation, une meilleure base aux liens familiaux qui le réclament.

 

         En résumé:

         - dédramatisation des contentieux familiaux

         - prévention et maintien du cadre parental pour l'enfant

         - amélioration globale des conditions de la santé, de la moralité, de l'éducation de l'enfant de sa naissance à sa majorité

 

         Buts et objectifs

         - Promouvoir la médiation dans la famille et la rendre plus accessible au plus grand nombre hors du cadre tribunalistique.

         - Favoriser l'étude et la recherche, ainsi que l'enseignement, dans ce domaine nouveau de la Sociologie Juridique."

 

         Ce document, outre son caractère volontairement informatif, nous invite d'ores et déjà à nous arrêter sur la spécificité du travail réalisé avec et pour les familles par P.E.M.

         L'implication, l'engagement et la collaboration ( à des degrés divers) de la population concernée, constitue une caractéristique qui différencie la structure associative des autres structures institutionnelles dans lesquelles le psychologue a davantage l'habitude de travailler.

         Peut-on d'ailleurs parler d'institution[3] au sujet de l'Association, si l'on conçoit que sa dynamique propre et son désir "de faire évoluer les mentalités et les lois" la situeraient davantage du côté anti-institutionnel?

         Il s'agit en fait d'éviter ce piège de la pensée dichotomique, pour s'aventurer dans l'exercice plus périlleux du "penser les paradoxes". Cela représente en même temps une difficulté, une butée et une richesse au niveau des logiques institutionnelles qui déterminent l'existence, le développement et la création de services d'aide dans les champs professionnels de l'éducation, de la santé et du social. Il est intéressant de constater que les mêmes types de paradoxes se retrouvent dans les situations proprement cliniques de rencontre entre professionnels (psychologues) et les personnes en souffrance ou qui souffrent. Le maniement du paradoxe peut ainsi être une compétence psychologique qui sert à plusieurs niveaux.

         Considérons par exemple cet extrait d'une lettre du directeur en réponse à un article sur le divorce et la médiation à Montpellier n'ayant pas cité le centre P.E.M. en 1994:

"Liée à la Fédération des Mouvements de la Condition Paternelle depuis sa création, l'Association qui a eu en 1989 l'initiative de créer le Centre de médiation familiale PARENTS-ENFANTS-MEDIATION, n'est pas étonnée du fait que cette jeune enfant qu'est la médiation familiale soit reprise dans le bassin des associations féminines. Cependant ne serait-il pas très malheureux que cette jeune enfant ne grandisse qu'au sein de la justice,...(comme c'est le cas pour les enquêtes sociales), ou ne revienne qu'à la "garde" des associations féminines...? N'est-il pas malheureux que des enfants n'aient été confiés qu'à la mère par des décisions de justice, des enquêtes, des encouragements sexistes depuis vingt années? N'est-il pas malheureux qu'une société soit amenée à compter les têtes des pères "décapités", parce qu'elle défend, parfois plus inconsciemment que consciemment, la femme et l'enfant d'abord? De fait, le système ne serait-il pas en train de défendre aux hommes de s'occuper de médiation familiale?

Inconsciemment, Mesdames, vous reproduiriez le problème de la "garde à la mère" par votre exclusivisme associatif. N'êtes-vous pas conscientes de l'énormité du travail à faire avec les familles qui se déchirent, ni du rôle que peuvent avoir toutes les associations, d'hommes et de femmes?..."[4]

         Cet exemple très parlant et explicite m'apparaît pouvoir illustrer ce que l'on pourrait appeler la contagion, que la population avec laquelle on travaille, engendre sur le fonctionnement institutionnel.

         Contagion souvent inévitable, mais qu'il s'agit au moins de repérer en tant que telle. Cette prise de conscience participe du travail institutionnel que le psychologue doit se soucier de coupler à la pratique individuelle.

         Dans le cadre associatif, il apparaît d'autant plus important pour le psychologue de prendre en compte l'aspect institutionnel de son lieu de travail, c'est-à-dire ce que l'on peut appeler dans notre cas la mouvance associative: la dynamique de l'Association et par là-même l'efficience du centre P.E.M. se caractérisent par la synergie continue recherchée entre parents, professionnels et membres actifs.

         Le psychologue ne peut, sous prétexte d'une nécessaire distance ou neutralité qu'exigerait de lui sa pratique professionnelle (c'est-à-dire son métier), se réserver, sans autre participation, au travail de rencontre individuelle avec les usagers.

         Il sera bien plus, dans ce type de cadre, un penseur de paradoxes, un support à la représentation, à la formalisation et à la théorisation des situations rencontrées par l'équipe.

         La "distance nécessaire", qui peut caractériser la compétence du psychologue, se retrouve par-contre dans l'exigence qui lui est faite par le travail lui-même: le psychologue doit en effet gérer des situations à contenus fort variés et qui dépassent de loin son propre champ de compétence.

         En effet, le champ de la médiation familiale fait appel à des spécialités professionnelles telles la Sociologie juridique, le Droit de la Famille et de l'Enfant, l'Economie Sociale et Familiale, la Santé, Les Sciences de l' Education, la Communication, la Politique, l'Administration etc.

         De son côté, la médiation familiale en elle-même est du ressort de la compétence bien spécifique du médiateur familial[5].

         Le psychologue favorise le maintien de l'attitude qui se veut être le dénominateur commun du maniement des diverses disciplines citées: à un premier niveau déjà lors des diverses activités de l'association, et évidemment au cours des entretiens, c'est au respect de la parole de l'autre que la pluridisciplinarité doit servir.

 

         On peut ici parler d'altruisme, si l'on conçoit ce terme dans son acception ethymologique latine, alter étant synonyme de l'autre; l'autre n'étant jamais même, il implique la reconnaissance de la différence.

         En considérant que la différence peut renvoyer à un certain niveau de complémentarité, nous allons nous intéresser à la différence entre médiateur et psychologue d'une part, et à celle entre mère et père d'autre part.

 

2.2. Le psychologue en médiation familiale

         Je vais aborder ici ce qu'il en est de la place et des fonctions du psychologue clinicien travaillant avec le médiateur auprès des parents.

         La pratique

         Le centre Parents-Enfants-Médiation est ouvert tous les jours ouvrables depuis six années pour accueillir les personnes en détresse parentale et pour organiser avec les parents et les familles une action constante au bénéfice des enfants.

         En ce qui concerne l'accueil, deux axes de travail guident les interventions du centre, réalisé par le médiateur et les co-écoutants[6]: il s'agit généralement ou d'une gestion de crise (dédramatisation), ou d'un travail plus spécifique de médiation ou de pré-médiation, qui lui sera avant tout préventif

         Plus précisément, l'on peut inventorier les actes techniques de la manière suivante:

         - une médiation stricto-sensu pour un couple dure en moyenne 20 à 25 heures;

         - un parent seul en travail de pré-médiation viendra en moyenne pendant six mois au centre au rythme d'une fois tous les quinze jours;

         - une situation très cristallisée au niveau du conflit conjugal nécessite souvent un travail de déjudiciarisation de 2 à 3 ans;

         - certaines personnes ne viennent au centre qu'en situation de crise ou de questionnement aigu, ou encore pour prendre des conseils et des informations sans qu'un travail continu soit amorcé

         La deuxième situation est la plus fréquente.

         Le lieu de rencontre est le siège social de l'Association. Exceptionnellement, et rarement, certains rendez-vous seront pris au domicile de l'usager.

         Les usagers inscrivent leurs rendez-vous au secrétariat huit jours à l'avance

         Ces repères temporels et spatiaux nécessaires, fonctionnent toutefois de manière souple et tolérante. Car d'une part les moyens humains et temporels sont généralement insuffisants par rapport aux besoins, et d'autre part l'espace est toujours ouvert à certaines priorités qui peuvent venir altérer le planning initial toujours chargé.

         Le premier entretien correspond à un échange d'informations et à une présentation dans les deux sens. Il dure au minimum 1.30 heure jusqu'à 4 heures, selon les cas

         Si l'écoute est la technique maîtresse des entretiens, d'autres techniques de communication et de relation les déterminent. Ils seront donc plus ou moins directifs. Les niveaux abordés explicitement sont variés et pris en compte en tant que tels: administratif, matériel, professionnel, relationnel, personnel.

         Généralement, le psychologue est appelé à intervenir seul ou en collaboration avec le médiateur, lorsque de trop importantes résistances chez l'usager ont été perçues par le médiateur et entravent nettement le travail qui avait été projeté au départ, par la personne concernée et par le médiateur.

         Le travail au cas par cas est très largement préconisé par l'équipe, tout en veillant à ne surtout pas cloisonner les cas.

         Car du côté des usagers, une sensibilité pour les difficultés similaires que peuvent rencontrer d'autres parents et un intérêt pour la vie associative constituent davantage un atout pour une bonne collaboration, qu'une parfaite assiduité aux rendez-vous personnels ou encore qu'une régularité de paiement irréprochable.

         Le premier entretien qui a essentiellement pour but l'analyse de la demande, permet aussi au médiateur d'évaluer la capacité d'ouverture[7] que la personne demandant de l'aide peut mettre en oeuvre.

         L'analyse de la demande

         En ce qui concerne l'analyse de la demande, le psychologue y participe lorsque le médiateur perçoit une très nette divergence entre son contenu explicite et ce qu'elle peut contenir au niveau latent.

         Je pense à ce jeune père, qui dans un premier temps, présente sa venue au centre comme une recherche d'informations sur les droits du père. Après quelques entretiens avec le médiateur, il explicite sa demande de soutien moral, de conseil par rapport à ses "attitudes", de réflexion sur les possibles "perspectives".

         Parallèlement , le médiateur note l'ambivalence de cet homme quant à son désir de rompre avec sa compagne.

         C'est à ce moment-là qu'il est proposé à la personne de me rencontrer individuellement.

         Tout en posant clairement que la rupture conjugale ne lui pose pas de problèmes particuliers, puisqu'il préfère considérer son proche avenir en tant que célibataire, il exprimera, en parlant de sa relation à leur petite fille de 18 mois, son important désir d'amour, son besoin affectif, sa forte aspiration vers une relation ouverte, de dialogue et d'entente. Reprochant à ses propres parents de n'avoir pas permis l'établissement d'une telle relation avec lui, il veut tout faire pour ne pas entendre son enfant dire "mon papa, il m'énerve , il est méchant".

         En quête de reconnaissance (autre que celle qu'amènent, de la part des parents, de bons résultats scolaires) et poussé par un important désir de réparation, il ne peut concevoir de décevoir l'autre, avec qui il faut "super bien s'entendre".

Sa compagne, tout en le mettant à la porte, lui aurait effectivement dit qu'elle n'avait rien à lui reprocher.

         Une nouvelle cohabitation ne le tente pas, puisque "je ne saurais pas quoi faire mieux" pour éviter les conflits, jusqu'alors quasi permanents.

         Je lui propose durant l'entretien de choisir, à partir de quatre photographies de pères, celle qui lui plaît le mieux, celle qui lui "convient". Il est attiré par celle d'un père, sur le haut d'une colline, qui soulève d'un bras son enfant dans les airs. Apparemment seul, l'on peut néanmoins distinguer quelques silhouettes s'avançant vers l'homme et l'enfant en bas de l'image.

         "Parce qu'il y a de l'espace, de la tranquillité; parce que l'enfant... ah, il y a des gens...( comme déçu)...j'aurais choisi celle-là... elles me plaisent toutes."

         Monsieur G., qui s'applique tant à être un papa et un compagnon respectueux, tolérant, conciliant, non-exclusif, aura-t-il pu appréhender, qu'il est peut-être aussi l'inverse, comme peut le suggérer son choix de photo? Ne lui importe-il pas surtout de "faire naître son enfant intérieur" (qu'il s'agira de "tuer aussi", comme nous le rappellerait S.Leclercq) ?

         Par la suite, à travers le travail de pré-médiation et de médiation qui a été réalisé par le médiateur avec ce couple, Monsieur G. a indirectement été encouragé à prendre de l'aisance dans la prise de conscience et la mise en mots de ses difficultés, doutes et souffrances. Parallèlement, le processus de responsabilisation classiquement favorisé par ce type de démarches, permet de soutenir la dynamique nécessaire de morts et de naissances renouvelées, qui nous poussent à nous trouver homme/femme, père/mère, époux/épouse, jamais tout(e) un(e).

         C'est à ce niveau, qu'un père par exemple trouvera l'assurance nécessaire pour réellement exercer la fonction qui lui revient.

         Nous voyons, par le biais de cet exemple, dans quelle mesure la demande d'informations sur les droits du père peut cacher une interrogation plus personnelle, surtout inconsciente, du type "suis-je un bon père, ai-je le droit d'être père...?"

         Le médiateur et le psychologue

         D'une manière plus générale, l'intervention  psychologique constitue un outil technique plus précis, mais moins polyvalent que celui propre au médiateur. C'est ainsi que l'on pourrait considérer leur complémentarité comme quasi indispensable. L'un seul, étant aussi incomplet que l'autre, les querelles de valeur ou de hiérarchie professionnelle pourraient dorénavant être invalidées sans regret.

         Certains pourraient avancer l'idée qu'une personne à double champ de compétence constituerait un avantage économique ou de rendement intéressant.

Il me semble alors, que l'analyse de la notion et de la fonction de tiers peut, ici entre autres, présenter un intérêt certain.

         Je vais retranscrire à cet endroit un texte de réflexion dont j'ai rédigé la plus grande partie pendant l'année, dans le cadre de P.E.M.

        

         En effet, la notion de "tiers" nous venait de plus en plus fréquemment à l'esprit lors de situations de travail très variées: si nous repérions relativement bien sa pertinence, nous avions toutefois du mal à appréhender distinctement l'étendue de son action. Nous voulions nous exercer dans le maniement théorique et pratique de cette notion.

(Ce texte n'était destiné qu'au médiateur et à la psychologue.)

 

         La notion de tiers

         Réflexion sur la notion de tiers- Mars 1996.

         La notion de tiers est de plus en plus employée dans des domaines variés, faisant référence à des registres d'entendement et de compréhension différents. Essayons-nous, dans un premier temps, à l'élaboration de ce terme à travers une lecture clinique, et en l'abordant dans son rapport au champ de la famille

         Dans un deuxième temps, les fonctions du médiateur familial (et celles du professionnel de la relation en général) seront redessinées à la lumière des apports de cette notion de tiers

         Le signifiant "tiers" renvoie à ceux de trois/ternaire d'une part et à ceux de autre/extérieur d'autre part. Sont donc respectivement sous-entendus les termes corrélatifs du deux (espace binaire) et du même (intérieur).

         Ce bref recensement terminologique peut évoquer les systèmes relationnels à travers lesquels évolue l'enfant au cours de la structuration de sa personnalité: on aura entendu parler de la dyade originaire (ou relation duelle) mère-enfant[8] ou encore de la triangulation oedipienne dans ce que son assomption a de structurant.

         En sachant que c'est sous l'action de la fonction paternelle (dont le représentant est généralement et généralement seulement le père) que l'enfant a accès à l'autre, dans le sens du différencié de lui-même, nous repérons déjà ici que l'enfant doit être marqué du sigle de l'instance tierce (pas moins que l'adulte auquel il se réfère!). L'enfant lui-même est rapidement amené à se reconnaître tiers, extérieur, étranger même au désir de sa mère. Ce n'est surtout pas lui qui la comblera. Car le désir de cette femme vise l'au-delà de l'objet-enfant.

         Pour D.Vasse, "il faudrait peut-être dire que c'est seulement par la médiation du désir de la femme qui désigne à l'enfant un autre qu'elle ou que lui, qu'elle devient mère. C'est-à-dire justement que l'enfant a un père."( p.37)

         C'est donc "la référence à un tiers [qui] interdit à la mère et à l'enfant de se définir l'un par l'autre, de trouver leur raison de vivre l'un dans l'autre. Ce n'est que dans l'ordre du désir, de la parole, de la "présomption" et -finalement- du droit et de la loi, que la référence constitutive de l'enfant à un tiers, son père, se développe."[9]

         Les risques encourus par l'absence d'une référence à un tiers nous sont, dans ce contexte dévelopemental, par exemple signifiés par la pathologie psychotique ou ses tendances chez certains enfants (voir par exemple le cas Zacharie analysé par D.Vasse).

         Cet auteur décrit ainsi la "folie" du côté parental:

 "Hormis donc cette référence à un "tiers" qui soutient le désir du/des sujets, la tendance à avoir un enfant peut tout entière être ordonnée au plaisir intense et ravageur d'une femme sans désir, d'une femme dont le désir de l'Autre se trouve refoulé -voire forclos-, ce qui constitue le ressort le plus caché et le plus puissant de la jalousie, avec son cortège de douleurs et de férocités, dans la quête indéfinie d'une ouverture inconsciemment refusée."[10]

         Le rôle de tiers n'est pas définitivement assigné à une personne. Il est à concevoir plutôt comme une fonction exercée par l'un vis-à-vis de deux autres: le père séparateur de la fusion initiale mère-enfant[11] ; l'enfant comme création du couple parental inscrit ce dernier dans une temporalité, dans un processus de transmission; et la mère en tant qu'elle soutient ce que certains appellent la "métonymie maternelle".

         Si l'on considère que tout lien présuppose une séparation, l'on conçoit aisément à quel point la fonction tierce, départageante et discernante est vitale.

          Le tiers témoin est seul à même de restituer à chacun ce qui lui appartient. Sans témoins le conflit est insoluble.

"Là où personne ne se risque dans le témoignage, la parole de la loi -celle du juge- n'a plus d'effets: elle est impuissante à distinguer la vérité du mensonge. Le fléau de la balance juridique s'immobilise dans une paralysie qui résulte d'apparences contraires. La justice n'est alors pas rendue et la vérité n'a pas de lieu."[12]

"De même, sans la déposition des deux témoins qu'exige la loi, le sujet n'est pas représenté dans l'ordre du droit: il en est exclu et il perd ses droits."[13]

         La fonction de tiers-arbitre (fonction d'un juge p.ex.) va plus loin en posant un acte de décision. Dans cette situation, la fonction est avant tout à considérer, non pas par rapport à son contenu, mais dans sa valeur symbolique de représentation d'une vérité extérieure aux opposants qui les dépasserait.

         C'est dans ce sens qu'en posant des limites, le tiers-arbitre, paradoxalement, restitue aux partis leur propre vérité.

         En effet, départagés, ils deviennent distinguables dans leur individualité, dans ce qui les spécifie (les subjectivise) et les différencie justement.

         Le tiers-arbitre ou le juge est une personne à laquelle est conférée un certain pouvoir. En tranchant en référence à la loi qu'elle représente, elle exécute un acte d'autorité.

         L'autorité, dans son acception créatrice (en latin auctor, donc auteur) comme lieu d'une parole, engendre le discernement.[14]

"C'est elle qui en chacun et pour tous, pose l'acte d'une séparation créatrice là où la loi ne le peut."[15]

         Qu'en est-il maintenant de la place que peut ou doit tenir le professionnel de l'aide et de la relation? Quelle est la spécificité de la fonction du médiateur familial par rapport à celle d'autres professionnels de l'enfance et de la famille?

         Il est important de reconnaître d'emblée que l'acte de décision officiel n'appartient, en ce qui concerne la vie des personnes en demande, qu'aux personnes administrativement ou juridiquement habilitées à ce faire. En sont donc exclus les professionnels dit "de terrain" (travailleurs sociaux, psychologues, médiateurs).

         Au regard de ce que nous avons dit plus haut, ils ne représentent pas explicitement la loi. Ils ne leur est pas conféré de pouvoir de décision, mais ils peuvent user d'une autorité discernante. Ce sont les effets de leur parole qui éventuellement feront loi, dans la mesure où une certaine vérité se rétablira.

         Dans ce sens, ils ne peuvent rien imposer: l'autre, ses dires et ses comportements ne leur appartiennent d'aucune manière.

         L'on connaît, dans la réalité professionnelle, la difficulté qu'ont certains à "rester à leur place", particulièrement en ce qui concerne la différenciation d'actes comme l'avis, le conseil, la prise en charge, la décision, la collaboration etc.

         Mon hypothèse est que le médiateur travaille à partir des fonctions du tiers impartial (à différencier du tiers neutre), du tiers-témoin et éventuellement du tiers équivoque[16], dans la mesure où ce dernier remet en question des équilibres (individuels, de couple et de famille) générateurs de troubles.

         Je dis bien qu'il travaille "à partir" de ces différentes fonctions (ponctuellement ou simultanément), c'est-à-dire qu'il n'est pas tiers une fois pour toutes. La prise de fonction est un acte de représentation délimité dans le temps et dans un espace précis. C'est dans cette perspective que j'écrivais plus haut qu'un roulement peut s'effectuer, et que par exemple l'enfant peut tout aussi bien faire office de tiers par rapport au couple parental.

         Ce qui caractérise également le tiers, c'est qu'il ne peut exister en tant que tel, qu'à travers la reconnaissance que l'autre (dans son acception générique) veut bien lui accorder. Cet accord peut être manifeste ou conscient, mais aussi et surtout inconscient.

         Le médiateur est impartial. C'est-à-dire qu'il se veut détaché d' à-priori moraux, sexistes, raciaux, culturels etc. vis-à-vis des personnes avec lesquelles il travaille. Cette impartialité est surtout importante lorsque le médiateur est en fonction d'écoutant.

         Sans vouloir approfondir la question de la subjectivité inconsciente du professionnel, -qui pourrait être travaillée par le biais du référentiel conceptuel concernant le transfert et le contre-transfert ou du moins les mécanismes de projection et d'identification-, l'impartialité est à distinguer de la neutralité. En effet, ce dernier terme implique quasiment l'exclusion de toute subjectivité. Dans la mesure où il fait résonner quelque chose de l'ordre d'une défaillance identitaire, on pourrait appréhender quelqu'un de neutre comme quelqu'un n'ayant pas de position.

         Or dans la fonction de conseiller, qui peut aussi être celle du médiateur, la capacité à situer mentalement des personnalités face à des situations ou des faits implique  l'aptitude à ne pas hésiter à se positionner avec précision (souvent par identification).

         Lorsque le professionnel est amené à donner son avis, c'est sa propre position professionnelle ou personnelle qu'il exprimera.

         Contrairement aux fonctions d'écoutant ou de conseiller, la fonction prise lorsqu'on donne son avis est biaisée par des attitudes d'empathie et d'identification.

         Autant l'empathie et l'identification sont donc des processus psychiques nécessaires à certains types d'interventions, autant ils amènent avec eux le risque d'engloutir le professionnel dans un mode de perception et de représentation essentiellement imaginaire lié à la perte de sens.

         Dans le cadre de P.E.M., c'est la présence-même de co-écoutants, ou de co-médiateur lorsque la fonction tierce est exercée par deux médiateurs (un homme et une femme),tout aussi impartiaux, souvent silencieux et susceptibles de donner leur avis à la suite des entretiens, qui garantissent le respect de la loi et de la subjectivité des intéressés. En effet, le co-écoutant, ou le co-médiateur, re-présente un au-delà, un en-dehors de la relation médiateur/usager.

         En dernier lieu, l'on peut citer la fonction d'équivocité. Ce serait celle qui se retrouve le plus dans l'analyse du "tiers" -qui tranche par acte d'autorité-, tel que nous l'avons réalisée précédemment.

         Les questions, les silences, les relances que le professionnel propose à la personne qui souhaite "faire avancer les choses" ont ici pour but de poser des repères et des limites. Il ne s'agit pas de border et de cerner le matériel que livre l'usager, mais bien plus de discerner pour ouvrir des perspectives. Surtout dans ce type de travail, rien ne peut être forcé et c'est la personne qui doit être amenée à s'autoriser elle-même la prise de risques qu'il appelle.

         Si la pratique entraîne une certaine simultanéité de la mise en oeuvre des fonctions (d'écoute, de conseil, d'avis et d'équivocité), cela ne doit pas donner prétexte au professionnel de faire l'économie d'une identification -plus ou moins explicite, d'après les nécessités de la situation- des éléments fonctionnels en jeu, tels que nous venons de les examiner.

         A titre d'exemple, des questions comme "Qui est extérieur à quoi, voire-même exclu?", "Qui s'exprime ou se comporte de la même manière qu'un autre?", "Qu'attend-t-on de moi?" etc. peuvent être opérationnelles pour permettent au professionnel de mieux identifier sa pratique d'entretien. Nous retrouvons ici des termes que nous avions rapprochés de la notion de tiers en début de ce texte (deuxième paragraphe).

 

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         Les fonctions du psychologue

         En ce qui concerne le psychologue, les fonctions qu'il assure lors des entretiens sont évidemment similaires à celles que nous venons d'inventorier en considérant la pratique du médiateur.

         Les points de distinction qu'il s'agit toutefois de repérer, résident essentiellement à deux niveaux.

         - En premier lieu, l'on doit s'entendre sur le fait que le psychologue clinicien détient, de part sa formation, une plus grande sensibilité aux mécanismes de projection et d'identification que j'ai cités à propos de la fonction d'équivocité. Il est ainsi plus à même de les gérer, ce qui au niveau de la pratique, ce traduit -du moins en théorie!- par une meilleure compétence à conduire des entretiens seul. Il faut entendre par là qu'il est capable de repérer et donc de se protéger lui-même, et par conséquent son interlocuteur, de déviances imaginaires trop importantes. C'est ainsi qu'il devrait plus facilement pouvoir faire l'économie de ce que l'on pourrait appeler des professionnels-tiers (co-écoutants ou superviseurs par exemple)

         A côté de cette distinction entre psychologue et médiateur qui se trouve avoir des répercussions sur l'organisation des entretiens (présence ou non de co-écoutants), l'on peut formaliser, dans la même logique argumentative, une deuxième orientation pratique

         - En effet, pour les mêmes raisons concernant la formation spécifique du psychologue, ce dernier peut être considéré comme particulièrement apte à user de la fonction d'équivocité. Comme je l'ai dit en présentant cette fonction, les entretiens où elle est mise en oeuvre sont menés avec des personnes désirant explicitement s'investir dans une démarche de réflexion pour "changer quelque chose" à leur situation. La dimension (plus ou moins profonde) d'un questionnement personnel et d'une recherche de "vérité" confère à ces entretiens un caractère quasi-thérapeutique.

         C'est alors, et en définitive, une compétence de psychothérapeute qui autoriserait de mener ces entretiens (malgré tout relativement rares dans le cadre de P.E.M.) avec l'efficience, la prudence et donc le professionnalisme qu'ils appellent

         Vu le fonctionnement actuel du centre P.E.M., la fonction générale du psychologue clinicien peut essentiellement se définir comme celle de penser les paradoxes et d'aider à la formalisation.

         - En ce qui concerne les entretiens, son intervention n'est en effet d'utilité que ponctuellement.

         Les fonctions d'écoute, d'avis et de conseil sont celles qui sont le plus souvent à préconiser, si l'on considère les demandes adressées à P.E.M. Le médiateur, avec l'atout de ses savoirs thématiques et de ses connaissances spécifiques, est celui qui tient le plus opérationnellement ces trois fonctions.

         Afin d'éviter que l'action du psychologue fasse double emploi, il vaut donc mieux d'une part, que son professionnalisme soit mis -toujours pour les entretiens- au service de la fonction d'équivocité uniquement. C'est cette quatrième fonction qui permettra de travailler les résistances et les demandes particulièrement paradoxales.

         D'autre part, en tant que professionnel-tiers, le psychologue se limite à seconder la pratique d'entretien usuelle du médiateur.

         - A un niveau plus institutionnel, le travail de formalisation et de conceptualisation constitutif de la compétence du psychologue, servira à des fins plus pédagogiques et de communication.

         L'activité du centre a en effet toujours besoin -de ré-affiner sa pratique en lui conférant des appuis théoriques, -de mieux se faire connaître du grand public et -de se faire comprendre pour se soumettre à la critique d'autres instances professionnelles.

         Tout ceci d'autant plus que la médiation familiale est un champ d'activité récent et surtout innovant.

         - En dernier lieu, l'on peut citer une autre tâche, non négligeable, du psychologue clinicien dans un centre tel que P.E.M.: l'équipe pluridisciplinaire est fortement sollicitée par des situations sinon dramatiques, du moins très "prenantes"; c'est ainsi qu'elle doit pouvoir bénéficier d'un espace à l'intérieur duquel les ressentis, les tensions ou les insatisfactions de ses membres peuvent être parlés ou évoqués. Cet espace, dont le garant serait le psychologue, ne perd pas nécessairement sa valeur en restant informel.

         Le clinicien peut, à ce même niveau d'intervention, favoriser la communication entre les professionnels de l'équipe par exemple en organisant des réunions que l'on pourrait appeler "de régulation". Leur but serait de travailler le fonctionnement et les relations du groupe. Dans un premier temps, l'annonce d'un contenu thématique -relativement neutre et propres aux activités du centre- comme objet de la réunion peut constituer un biais nécessaire. Il faciliterait l'abord de questions souvent autrement plus délicates.

         Cette dimension intra-institutionnelle de l'activité du psychologue se justifie par la conception que la  cohésion et la dynamique de l'équipe sont indispensables à la réalisation des objectifs que se fixe l'association.

         Conclusion et définition de poste

         Le psychologue clinicien en médiation familiale

         Pour conclure cette partie sur le psychologue dans le cadre associatif (1.) de la médiation familiale (2.), je souhaite présenter une définition de poste, telle qu'elle m'apparaît aussi bien réaliste qu'opérationnelle. Le psychologue clinicien, non-médiateur, collaborateur de ce dernier, est en effet un métier vraisemblablement inexistant et dont, par conséquent, aucune définition de poste n'a encore été élaborée (exceptée le travail d'étude, interne à P.E.M., réalisé par une psychologue clinicienne au coté des médiateurs familiaux du centre, dont je me suis en partie inspirée).

Définition de poste

(d'après les documents de mêmes titres publiés par l'A.N.P.E)

Psychologue clinicien en Médiation Familiale

Définition

         - Etudie les phénomènes de la vie affective, intellectuelle, comportementale et relationnelle des personnes, individuelles ou en groupe, en prenant en compte les processus psychiques inconscients.

         - S'implique dans les rencontres pour fournir des connaissances précises sur la manière dont les phénomènes psychologiques individuels, familiaux et institutionnels apparaissent dans la réalité.

         - Conçoit et met en oeuvre des méthodes spécifiques d'analyse, d'évaluation, de conseil et de prévention.

         - Participe au projet de prévention, d'aide et de soutien proposé par l'association.

Conditions d'exercice

         Le métier s'exerce en collaboration avec l'équipe professionnelle et les usagers de l'association, à titre de salarié du centre.

Compétences techniques de base

* Prendre connaissance du cas

         - Ecoute et analyse d'une demande

         - Observation

         - Co-écoute en médiation

         - Analyse de documents (dossier)

         - Echanges d'informations avec d'autre partenaires

         - Entretien clinique

* Après l'évaluation du cas ou de la situation, définir le type d'aide approprié et en déterminer les modalités (mise en oeuvre par les collaborateurs du psychologue):

- entretiens individuels pré-médiation--------------------------psychologue/médiateur

- entretiens de médiation-----------------------------------------médiateur

- aide aux démarches  juridiques, administratives-------------médiateur

- examen psychologique de l'enfant-----------------------------psychologue de l'enfant

- orientations------------------------------------------------------autres professionnels

* Participer à l'aide apportée, à travers

         - La co-écoute en tant que professionnels-tiers

         - Des entretiens cliniques individuels (de soutien, d'élaboration, d'aide à l'expression et à la mise en mots...)

         - L'activité formelle ou informelle d'écoute et de conseil (c.a.d. aide au choix d'une solution)

         - Des échanges avec les médiateurs

* Participer au projet associatif

         - recueil d'informations concernant a.)des thèmes en rapport avec la médiation familiale, b.) les fonctionnements institutionnels dans le champ de la famille, c.) des situations individuelles précises...

         - Analyse de ces informations

         - Réflexion et échanges

         - Elaboration et formalisation

         - Communication

* Favoriser la dynamique de l'équipe

         - Analyse clinique du groupe

         - Présence, disponibilité, écoute envers les membres de l'équipe

         - Facilitation de la communication intra-groupe (p.ex. organisation de réunions)

Autres compétences

         - Adaptation, engagement, souplesse, facilité de contact, rapidité d'action et de pensée

Techniques employées

- Entretien clinique

- Observation clinique

- Animation d'activités institutionnelles

- Tests projectifs

- Etude de cas

 

Public concerné

- Parent(s)

- Enfant(s)

- Couple

- Famille

 

Activités     

- Echange

- Ecoute

- Accueil

- Aide

- Information

- Conseil

- Soutien

- Suivi

- Orientation

- Formation

- Recherche

- Communication inter-institutionnelle

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[1] Cf. "Protocole Enfant" réalisé sous la direction de la psychologue de l'Enfant de P.E.M. A ce travail d'élaboration et de réflexion était assigné l'objectif de clarifier les questions et difficultés for-melles susceptibles de se poser  par la rencontre entre l'enfant et le psychologue, ou l'enfant et le médiateur. Lire le dossier Anne Grégoire.

[2] F.RAULT, Mémoire de D.E.A., L'adoption révélateur de la "compétence parentale", Université René Descartes-Paris V, 1992.

 

[3] Institution, etym. lat. instituere: établir; une institution étant alors une chose établie, renvoie à instruire, éduquer. Le Robert, dictionnaire étymologique, 1993.

[4] Alain Bouthier.

[5] Pour une information plus générale sur la médiation familiale et certaines fonctions du médiateur familial, j'invite le lecteur à consulter les documents distribués par P.E.M..

[6] Différentes personnes peuvent être amenées à tenir une place de co-écoutant: ce sont les professionnels du centres, des membres actifs de l'Association sensibilisés au travail des professionnels, ou encore des spécialistes extérieurs intervenant ponctuellement. Leur fonction commune en tant que co-écoutant est d'introduire une perspective tierce. 

[7] A.Bouthier parlerait ici d'une capacité de "dégorgement du personnel".

[8] Encore qualifiée par D.VASSE "d'emprisonnement réciproque" p.48 ou d"impasse d'une position spéculaire de l'enfant et de la femme"p.37.Ibid.

[9] D.VASSE, ibid.,p.48.

[10] D.VASSE, ibid.,p.49. Je pense qu'il s'agit de signaler que D.Vasse ajoute plus loin: "Bien sûr, il n'y a pas de pure femme sans désir, et de pure femme désirante. Cette ligne de démarcation entre la pulsion [...] et le désir du sujet [...] passe au milieu de chacun de nous, homme ou femme."

[11] Castration de l'enfant et aussi de la mère

[12] D.VASSE, ibid., p.32.

[13] D.VASSE, ibid., p.33.

[14] "La parole qui fait loi discerne. Sa mise en acte distingue activement le bien du mal. Elle tire du chaos de la confusion le visage humain. Elle discerne la vie de la mort, la vérité du mensonge, la mère de l'enfant...pour qu'un petit d'homme vive selon la loi." D.Vasse, ibid., p.35.

[15] D.VASSE, ibid., p.35.

[16] L'équivocité serait ici à rapprocher du "déséquilibrant" au sens systémicien ou de la "parole tranchante" d'après D.Vasse.

 

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